Les pancartes contre Parcoursup sont nombreuses dans les différents cortèges lycéens. À tel point que, dimanche soir, Sébastien Lecornu a confié cinq chantiers à ses ministres, dont Parcoursup, avec des propositions d'amélioration attendues avant fin octobre en vue de l'élection présidentielle 2027. Le Premier ministre réclame notamment que « chaque candidat » comprenne « les critères retenus par les formations, leur importance respective, la place des notes et des spécialités », ainsi que le rôle des outils utilisés pour classer les dossiers.
Critères obscurs et risques de discrimination
Le principal reproche fait à la plateforme est l'opacité des algorithmes locaux. Chaque formation choisit librement ses critères d'admission. Une phase de pré-classement, qui repose sur des « algorithmes locaux », précède l'examen individuel des dossiers. Le Sénat alerte notamment sur le sujet depuis 2019. Pour le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, ce système échappe aux règles classiques de la CNIL et du RGPD. Résultat : les lycéens ignorent les critères utilisés et ne peuvent pas comprendre un refus.
Le risque de discrimination sociale est également dans les revendications. Certains établissements, notamment parisiens, pondèrent les notes selon le classement du lycée d'origine, souligne le sénateur. Un très bon élève d'un lycée mal classé peut donc être désavantagé par rapport à un élève moins bon d'un lycée mieux classé. Le Défenseur des droits de l'époque, Jacques Toubon, avait pointé cette possibilité. Un rapport de l'Assemblée nationale publié en février 2026 constate lui aussi que Parcoursup « participe de la persistance des inégalités socioculturelles ».
« Impossible de supprimer Parcoursup »
Sur la question de la suppression de Parcoursup, Pierre Ouzoulias, pourtant critique sur le système, estime qu'il est « impossible de supprimer Parcoursup ». Selon lui, il y a beaucoup plus de candidatures que de places, et supprimer la plateforme ne règlera pas ce déséquilibre.
De plus, un rapport sénatorial de 2023 indique que des améliorations techniques et informationnelles ont été apportées à la plateforme. Le Premier ministre évoque lui-même des « progrès déjà réalisés dans la publication des critères et des résultats d'admission ». Le décalage tiendrait donc moins à l'absence d'évolution qu'à une confiance qui ne revient pas.
Quelles alternatives ?
Les solutions avancées pour réformer : la transparence et l’anonymat. Certains proposent d'imposer aux universités plus de transparence sur leurs critères, de rendre anonymes les lycées d'origine et de rétablir la hiérarchie des vœux. Il s’agirait, selon eux, du seul moyen de savoir si les propositions correspondent aux choix des lycéens. Une autre proposition est de redonner du poids aux notes du bac, rendu « secondaire » par le calendrier actuel pour Pierre Ouzoulias.
Le rapport de l'Assemblée va dans le même sens avec ses 51 propositions : supprimer la lettre de motivation, sauf exigence de la formation ; instaurer un référentiel unique de notation pour le contrôle continu ; retirer la mention du lycée d'origine ; créer une base de données des algorithmes locaux ; indiquer à quel stade de l'analyse chaque critère est pris en compte. Enfin d’autres propositions défendent la décentralisation afin de donner plus d'autonomie aux universités. Le but serait d’abandonner la plateforme nationale au profit d'un système où chaque université fixerait ses propres critères.
Vers plus de « transparence » et de « simplicité » ?
Les ministres de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur doivent remettre leurs propositions avant fin octobre. « Tout ce qu'on peut corriger, nous le corrigerons », a promis Sébastien Lecornu devant l'Assemblée. Le Premier ministre se dit convaincu qu'il faut « davantage de transparence » et « beaucoup plus de simplicité ». Reste à savoir si le gouvernement reprendra les recommandations parlementaires, dont certaines, comme la publication des algorithmes locaux, sont réclamées depuis 2018.
Plusieurs candidats à la présidentielle, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par François Ruffin et Fabien Roussel, réclament la suppression de Parcoursup. Mais ils détaillent rarement ce qui le remplacerait. Mélenchon est le plus précis : son programme promet l'accès sans sélection à la formation de son choix pour tous les bacheliers. Marine Le Pen plaidait en 2022 pour la suppression sans solution concrète, tout comme Ruffin et Roussel et Bruno Retailleau. Marine Tondelier propose un système d'orientation sans lettre de motivation ni algorithme opaque. Raphaël Glucksmann, lui, plaide pour une simple amélioration.