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L’opinion de Françoise Degois : "Macron peut renverser la table sur le Mercosur"

OPINION SUD RADIO – À la veille du vote sur le traité du Mercosur, Françoise Degois est revenue sur la situation de la France qui se retrouve isolée et sous pression entre les menaces de censure et le lâchage italien.

Drôle d'époque avec vous François Degois et des agriculteurs qui sont au pied de la Tour Eiffel et qui bloquent plusieurs portes à l'ouest de Paris. 

« Oui, une démonstration de force avant le vote des pays membres sur le traité du Mercosur. C’est une véritable épreuve de vérité pour Emmanuel Macron. Vous savez que le chef de l’État est carrément dans la seringue.

L'Italie lâche la France"

On le sait depuis hier, l'Italie votera pour le traité et lâche donc la France. Pourquoi ? Parce que Giorgia Meloni peut se satisfaire de l'augmentation de 45 milliards de la PAC. Ce n'est pas simplement pour l’Italie, mais elle, ce qu'elle avait demandé, c'est un versement par anticipation et elle l'a obtenu.

Alors pourquoi irait-elle contre le Mercosur ? Donc elle lâche la France. Elle a obtenu ce qu'elle voulait, elle rentre dans le rang. L'affaire est quasiment pliée, on est à 24 heures, puisqu'il n'y aura aucune minorité de blocage possible. L'Allemagne, les pays nordiques, l'Espagne et désormais l'Italie voteront oui comme un seul homme au Mercosur. »

Macron : "Le mal est trop profond"

C'est une épreuve de vérité pour Emmanuel Macron et comment la France peut réagir ? 

« Le Mercosur percute directement la politique intérieure française, comme jamais. Non seulement avec la colère agricole, on la voit très concrète, ils sont à l'Arc de Triomphe ce matin, ils sont à la tour Eiffel. Et cette colère ne pourra pas être calmée, même avec l'augmentation de la PAC. Pourquoi ? Parce qu'Emmanuel Macron le dit lui-même en privé à quelques proches, « le mal est trop profond. Je n'en suis pas responsable, mais de toute façon, c'est moi qui en serai comptable demain ».

Et puis, il percute le débat public parce que les Républicains, comme LFI d'ailleurs, sont prêts à brandir la motion censure en plein débat budgétaire. Vous imaginez, tout le monde pensait qu'on terminerait tranquillement à la fin du mois de janvier avec des ordonnances. Pas du tout. Bruno Retailleau hier, qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit, si Emmanuel Macron vote oui, il sera censuré.

"Le couperet tombera"

Du côté des LR, il y a bien sûr un calcul très électoral. Les Républicains ne peuvent pas laisser partir les agriculteurs avant les municipales. En tout cas, cette motion qui était dans l’air se rapproche de plus en plus. Emmanuel Macron est prévenu, s'il vote oui, même s'il met en avant quelques avancées, le couperet tombera. 

Et puis là, je vous le dis tout de suite, on ne voit pas comment la gauche, y compris le Parti Socialiste, qui a voté contre le Mercosur il y a deux mois, pourrait ne pas voter une censure. Autre solution pour Emmanuel Macron, l'abstention. Une façon de dire, je suis seul, mais exprès que ça ne se voit pas trop. Autant dire, c'est une option inutile. »

Un vote contre : "Un splendide isolement"

Mais s'il y avait le vote contre ? 

« Eh bien ce serait le splendide isolement avec la Pologne. Au niveau européen. La Pologne et la Hongrie, c'est un mauvais compagnonnage pour Emmanuel Macron. Ce serait une transgression majeure. Jamais un pays fondateur n'a voté seul contre tous, particulièrement dans ce moment géopolitique, totalement chaotique, où la France, dans le dossier de l'Ukraine par ailleurs, est tout de même le pays moteur. Alors montrer sa solitude comme ça sur l'agriculture, c'est complexe. Mais il y a un début à tout.

Et ça peut être aussi un moment politique, si ce n'est fondateur, en tout cas salvateur. Emmanuel Macron, il est en bout de course, en bout de mandat. Il ne lui reste quasiment plus que l'international pour exister en tant que chef d'État.

Macron "seul contre tous ?"

Son crédit à l'étranger est plus important qu'on ne le croit et qu'on ne veut le voir en France. Seul contre tous ? Eh bien écoutez, moi ça me rappelle quelque chose. Ça me rappelle Jacques Chirac en 2003, par la voix de Dominique de Villepin, au Conseil de Sécurité, qui s'oppose à la guerre en Irak.

Ça fait partie de ces moments et de ces gestes politiques qui compte et qui reste. Emmanuel Macron peut donc décider demain de renverser la table au nom de son pays, des agriculteurs, des enjeux de l'alimentation, et puis surtout pour calmer une tempête qui s'annonce. Je ne vois pas comment elle retourne. »

Retrouvez Drôle d'époque dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger

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