L'oeil d'Yves de Kerdrel - "Au Mali, la France semble terriblement seule à se battre contre l’islamisme"

13 soldats français ont trouvé la mort au Mali suite à un choc entre deux hélicoptères. Au-delà du drame et de l'émotion palpable, la question de l'intervention française dans le pays se pose au sein de la classe politique. Mais pour Yves de Kerdrel, ces militaires ne sont pas morts pour rien. Le combat est légitime et malheureusement, la France est bien trop seule pour lutter contre le terrorisme en Afrique.

Des soldats français en mission dans la brousse malienne

La France a subi hier la mort de 13 de ses soldats au Mali. C’est un drame terrible que certains ont du mal à comprendre et à accepter ?

Et c’est normal parce tout cela se passe au Mali, et que la France semble terriblement seule à se battre là-bas contre l’islamisme. Je vous rappelle que c’est François Hollande qui a décidé d’envoyer des militaires français dès janvier 2013 au Mali.

Et en 2014, cette opération a pris plus d’ampleur afin de lutter contre les   jdifférents groupes terroristes. C’est ce qu’on appelle l’opération Barkhane avec en permanence 4.500 militaires français engagés. Le problème, c’est que pour beaucoup de français cette opération militaire est lointaine, même si elle ne se déroule qu’à 4 heures d’avion de Paris. Et comme ils sont fâchés avec la géographie ils ont du mal à imaginer que nos soldats sont sur une zone aussi grande que toute l’Europe. Une zone qui couvre cinq pays : le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad.

 

Mais la France a perdu 41 morts là-bas en six ans. C’est un lourd tribut.

Oui, je sais bien. Mais il n’y a pas de guerre propre. Et en plus dans le cas d’hier les treize morts sont issus d’un accident d’hélicoptères. Mais il s’agissait de deux hélicoptères qui menaient des tirs contre des islamistes dans la nuit noire et sans matériel anti-collision.

Alors que le plus grand drame que la France avait connu jusqu’ici, c’était l’attentat du Drakkar au Liban en 1983 qui avait fait 58 morts. Bien sûr, quelles que soient les circonstances il faut s’incliner devant ces héros et devant la douleur de leurs frères d’armes. Mais ce n’est un secret pour personne que beaucoup – notamment à l’Élysée – aimeraient réduire la voilure de Barkhane et exposer moins de soldats.

Le problème, c’est que les armées locales ne sont pas assez prêtes ni assez équipées pour prendre le relais. Par ailleurs, Barkhane, c’est une opération extérieure qui coûte au moins 600 millions d’euros par an, depuis six ans. Et pour l’instant personne ne voit d’issue à ces manœuvres qui mobilisent les meilleurs régiments – venant de Pau - et le peu de matériel en bon état.

Malgré tout, le meilleur hommage que l’on puisse rendre à ces militaires morts c’est de reconnaître qu’ils ont donné leur vie pour la liberté et contre le fanatisme et l’obscurantisme.