L'édito politique de Thierry Guerrier : Législatives - "Attention danger pour la Macronie"

A deux semaines des élections législatives les sondages publiés dans la presse donnent la majorité au parti d'Emmanuel Macron. Peut-on s'y fier ? Si oui, est-ce vraiment la meilleure stratégie pour la Macronie ? L'édito de Thierry Guerrier.

Attention danger pour la Macronie et pour plusieurs raisons…

Premier risque, pour elle, c’est tout simplement une démobilisation d’une partie de son électorat qui pourrait se sentir un peu moins concerné par ces législatives, que par l’élection présidentielle…

Leur champion, Emmanuel Macron a été réélu, l n’y a plus de vraie menace de voir les extrêmes arriver au pouvoir, de plus les sondages semblent lui donner, en effet, une majorité absolue à l’assemblée nationale (entre 295 et 345 sièges selon une enquête Harris Interactive, quand il en faut au moins 289) : tous ces éléments peuvent provoquer l’abstention aussi chez les électeurs macronistes.

D'autres nuages s'accumulent sur la macronie

Toujours à propos de ces sondages favorables à la majorité présidentielle, j’ai peur, pour elle, que ce soit des arbres qui cachent une forêt, qu'ils masquent une situation plus contrastée dans l’opinion.

D’autres études donnent des signaux moins bons pour l’exécutif, beaucoup plus critiques à l’égard du nouveau gouvernement avec une majorité de sceptiques.

C’est par exemple l’enquête Odoxa publiée par Le Figaro ce matin, qui nous dit que 62% des Français considèrent que nos nouveaux ministres «ne sont pas assez solides et compétents pour répondre aux enjeux économiques et sociaux» auxquels la France doit faire face. La nouvelle équipe «ne suscite pas l’enthousiasme» écrit Le Figaro. Avec ce petit voyant rouge pour Emmanuel Macron lui-même : dans ce sondage Odoxa, 6 électeurs sur 10 (c’est beaucoup) pensent que son «remaniement n’est pas le signe» que le chef de l’Etat «présidera autrement» comme il l’a promis…

Reste à savoir si ce « scepticisme » aura un effet sur les élections législatives 

Ce n’est pas sûr, car, si ces chiffres d’Odoxa montrent que 56% de l’opinion refuse de donner une majorité à l’Assemblée au président, ces mêmes 56% ne forment pas un bloc uni. Les opposants à Emmanuel Macron se divisent, explosent même « façon puzzle », au moment de choisir un candidat. Du coup ces divisions renforcent arithmétiquement les chances de victoires des candidats macronistes, dont les intentions de vote sont quand même les plus nombreuses, comparées aux autres blocs.

Alors, où est le « danger » pour la Macronie ? 

Le vrai risque, pour elle comme pour la France, serait que les résultats des législatives ne reflètent pas la réalité de l’opinion, très divisée, du pays. Une majorité trop écrasante pour Emmanuel Macron à l’Assemblée peut amener les oppositions à se radicaliser, qu’elles finissent par juger cette victoire imposée par un système électoral usé, qui ne permet pas une bonne représentation des minorités.

Un tel procès en illégitimité, des oppositions qui chercheraient à se faire entendre plutôt dans la rue, écrirait un scénario qui pourrait peser lourdement sur le second mandat d’Emmanuel Macron. Au fond, voter en en juin pour les candidats de la macronie » ce n’est pas forcément rendre service au président. C'est ce qu'on appelle le goût du paradoxe.

 

Edito du 27 mai 2022.