Le regard de Natacha Polony - Quand déconfinement rime avec gouvernement de grands communicants

Ce 8 mai, au lendemain des annonces du gouvernement quant aux conditions du déconfinement, Natacha Polony décrypte la stratégie de communication, entre "ordre d'apparition savamment pensé des ministres" et entretien du "grand flou" autour des tests sérologiques malgré une carte très - trop ? - verte pour être crue.

L'édito de Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne, c'est chaque vendredi à 7h20 dans le Grand Matin Sud Radio (Photo de Loïc Venance / AFP).

 

On y voit plus clair dans message que le gouvernement voulait envoyer. D'abord, cette succession de ministres dans un ordre très savamment pensé : la Santé, puis l'Education Nationale, les Transports, l'Intérieur et à la fin seulement, Economie et Travail. On nous dit qu'on cherche l'équilibre entre sécurité sanitaire et reprise économique mais surtout n'allez pas croire qu'on rouvre les écoles pour renvoyer les parents au travail !

Et puis, il y a eu cette intervention totalement infantilisante par le Premier ministre la semaine dernière, et voilà la "reponsabilité", le "respect de la liberté des citoyens", en particulier des plus âgés qui sont invités "à se protéger".

Donc la mobilisation de certaines catégories de citoyens paie. Prenez la fondre contre la fermeture des plages : les maires se sont mobilisés et finalement certains plages pourront rouvrir à la discrétion des préfets.

L'évidence, c'est que le gouvernement joue très gros. On comprend très bien qu'Edouard Philippe affiche sa prudence, y aille doucement, on peut même espérer qu'il ait intégré un point essentiel : "on ne gère pas une crise de cette ampleur contre les citoyens mais en les emmenant". Donc il y a un changement de braquet, mais est-ce que ça suffira à compenser les oublis et les imprécisions ?

Vous aurez remarqué qu'une nouvelle carte est apparue hier : celle de la capacité en "tests". Et là, ô miracle, la carte est toute verte ! Elle a tout ce qu'il faut en tests, partout. Même si Edouard Philippe se garde bien de promettre 700 000 tests par semaine comme déclaré il y a huit jours, car le flou, c'est plus sûr.

Pour l'instant, on est loin de ces 700 000 tests parce qu'on teste le moins possible. On teste uniquement quand il y a des symptômes - pour les tests virologiques - et pour les tests sérologiques, ceux qui vous disent que vous avez eu le virus, c'est sur ordonnance et on vous explique que ce n'est pas la peine et que ce n'est pas assez efficace.