Laurent Mauduit: "Macron achève la destruction du seul grand impôt républicain"

Editorial politique

Dans son projet de budget pour 2020, le gouvernement a prévu 9 milliards d’euros de baisses d’impôt pour les ménages. C’est une bonne nouvelle, non ?

Tout au long de la crise sociale de ces derniers mois, les gilets jaunes n’ont cessé de répéter qu’ils ne voulaient pas des impôts plus bas, mais des impôts plus justes. Ce qui veut dire des baisses d’impôt dans certains cas, comme les taxes pétrolières à l’origine au tout début de la contestation. Et dans d’autres cas, des hausses d’impôt. Avec par exemple le rétablissement de l’Impôt de solidarité sur la fortune.

Or, Emmanuel Macron n’a rien entendu de cette aspiration à une fiscalité rééquilibrée, plus juste. Et il maintient le cap d’une politique fiscale néolibérale préoccupante. Parce que 9 milliards de baisses d’impôts, c’est autant de moins pour l’école, autant de moins pour l’hôpital, autant de moins pour les services publics.

Vous contestez que ces baisses d’impôt vont profiter à des contribuables modestes?

Evidemment, je le conteste. La principale mesure porte sur l’impôt sur le revenu, qui sera abaissé de 5 milliards d’euros. Or, il y a 57% des contribuables qui ne paient pas cet impôt. La baisse va donc profiter à une petite fraction des classes moyennes et pas aux revenus les plus modestes.

Et puis, cette nouvelle baisse va continuer à transformer l’impôt sur le revenu, qui était à l’origine le prélèvement citoyen par excellence, et qui devient au fil des ans, un impôt croupion, un impôt mité de trous, comme du gruyère. Voilà le bilan de Macron : il achève la destruction du seul grand impôt républicain, dont disposait la France.

Et vous êtes aussi sévère avec la nouvelle baisse de la taxe d’habitation ?

Eh oui. Et je peux m’en expliquer. Vous vous souvenez, qu’Emmanuel Macron avait promis la suppression en trois étapes de la taxe d’habitation pour au moins 80% des contribuables assujettis. En 2020, ce sera donc l’achèvement de ce projet, pour un coût de 3 milliards d’euros. Mais vous en voyez bien le danger: encore une fois, moins d’impôt, cela voudra dire moins de dépense publique ou moins de dépense sociale. Et cela voudra dire aussi que le seul grand impôt qui liait les collectivités locales aux citoyens va disparaître.

Alors, honnêtement, vous ne croyez pas qu’à la veille des élections municipales, cela mériterait un débat approfondi? Un débat en somme, dans un cas comme dans l’autre, sur le rôle citoyen de l’impôt.