Hervé Morin : "Macron et sa majorité sont en train de se couper d’une partie des Français"

Hervé Morin, président (Les Centristes) de la région Normandie

Président de la région Normandie et de l’organisme Régions de France, Hervé Morin était l'invité politique du Grand Matin Sud Radio ce lundi.

"Pour beaucoup de Français, l’année 2018 sera une année de baisse de leur pouvoir d’achat. Cela ne fait aucune doute, ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’Insee". Invité politique du Grand Matin Sud Radio ce lundi, Hervé Morin déplore une situation pas si heureuse que ça pour de nombreux Français, situation en partie responsable selon lui de la défaite de deux candidats LREM ce dimanche dans des législatives partielles organisées dans le Territoire-de-Belfort et le Val-d’Oise.

"Le chef de l’État et sa majorité sont clairement en train de se couper d’une partie de l’opinion publique. On assiste à une segmentation du pays entre ceux de la mondialisation heureuse et ceux pour qui la vie est difficile. Une partie de nos compatriotes ont le sentiment que les politiques menées ne les concernent pas. Deuxièmement, et on le constate dans toutes les régions, il n’y a toujours pas de maillage, de construction d’une formation politique au sens d’une organisation. Dès que vous êtes sur des niveaux de suffrage très peu élevés (20% de participation), il est évident que les formations politiques qui ont une organisation solide sont avantagées", explique-t-il avant de décerner malgré tout quelques bons points au pouvoir actuel.

"Certains Français ont le sentiment que la politique menée n’est pas faite pour eux"

"Le chef de l’État a redonné au pays de la confiance et le sentiment que le 21ème siècle était fait pour nous. Les milieux économiques saluent les décisions prises. On verra si le cru 2018 est le même que 2017, car il est beaucoup plus compliqué de faire la réforme de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, de libéraliser le rail et de se pencher sur les régimes spéciaux de la SNCF que de réformer le droit du travail par ordonnances en septembre. Mais on retrouve de l’optimisme, il y a des mesures qui vont dans le bon sens et on a retrouvé une image à l’international. Tout ça est à mettre à l’actif du président de la République. Je constate simplement que certains Français ont le sentiment que la politique menée n’est pas faite pour eux", insiste-t-il.

Ces difficultés forment-elles un terreau favorable pour Laurent Wauquiez, en vue d’une prochaine alternance ? "S’il y a alternance, elle ne se fera pas au centre-droit. Laurent Wauquiez est sur un schéma simple : le jour où il y aura alternance vis-à-vis de la formation centrale qui occupe actuellement le pouvoir, elle se fera beaucoup plus violemment soit à droite soit à gauche. C’est Obama et Trump...", déclare Hervé Morin.

"Il ne faut jamais oublier l’histoire de la Corse"

Alors qu’Emmanuel Macron se rendra cette semaine en Corse, où les nationalistes élus à la région réclament une nouvelle spécificité corse, le président de l’institut Régions de France espère que le chef de l’État se montrera cohérent avec lui-même. "J’attends de lui que son discours soit à la hauteur de ce qu’il s’est passé en Corse au moment des élections. On ne peut pas considérer que c’est simplement l’élection d’une majorité contre un autre. Il s’est passé un fait politique majeur. À travers son discours au Congrès de l’Association des Maires de France, Emmanuel Macron a ouvert en quelque sorte la voie que réclament les Corses ! Quand il parle de différenciation des territoires, de capacité d’expérimentation, de pouvoir législatif ou réglementaire délégué, il répond en partie à ce qu’ils demandent", rappelle-t-il. "Il ne faut jamais oublier l’histoire de la Corse. Les choses sont complexes parce que la Corse a été achetée et qu’il y a eu au 18ème siècle 30 ans de guerre pour asseoir la domination française, qui avait acheté la Corse à Gênes. Il y a donc cette histoire singulière, et par ailleurs des Corses ont été très engagés dans la construction de l’État, très présents dans la haute fonction publique et occupant des responsabilités de premier plan à de nombreux moments de l’histoire de France. Cette situation rend forcément les choses complexes", ajoute-t-il.

"On doit faire beaucoup mieux sur l’apprentissage"

Le président de la région Normandie s’est enfin exprimé sur le thème de la formation professionnelle et de l’apprentissage, prochain sujet brûlant dans l’agenda des réformes gouvernementales. "Je souhaite que l’apprentissage se développe, et j’essaie de le faire dans ma région. On doit faire beaucoup mieux, il faut des transformations et on a dit au gouvernement depuis le début que les régions doivent jouer un rôle. Au début, on avait décidé globalement de confier l’apprentissage au Medef et à l’UIMM. Depuis, on a beaucoup discuté avec Muriel Pénicaud, qui est une excellente ministre du Travail, et avec Jean-Michel Blanquer, et je pense qu’on va arriver à une solution équilibrée. Vous pourrez faire toutes les réformes de la planète, si vous ne réglez pas la question de l’orientation, vous ne développerez pas l’apprentissage. Tant que l’Éducation nationale vous expliquera matin, midi et soir que l’apprentissage est réservé aux médiocres et qu’il faut faire une voie générale si vous êtes un bon élève, on n’y arrivera pas. Il faut confier l’orientation aux régions pour faire venir les entreprises dans les collèges et lycées (et vice-versa). Le vrai problème du pays aujourd’hui, c’est qu’on ne trouve ni compétences ni qualifications pour des dizaines de milliers de métiers !", déplore-t-il.

Réécoutez en podcast toute l’interview d’Hervé Morin dans le Grand Matin Sud Radio

 

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