Flux migratoire depuis le Maghreb : "Depuis début janvier, l’augmentation est très élevée"

Une réunion exceptionnelle du gouvernement sur les questions migratoires s’est tenue hier. Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, auteur de "Ce grand dérangement, l’immigration en face" (Tracts – Gallimard 2020), était l’invité de Patrick Roger le 10 juin dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10. 

Des migrants sont assis sur une barrière près de la rocade du port de Calais le 30 mars 2018 (Denis Charlet - AFP/Archives).

"Beaucoup de mal à accepter qu’ils retournent dans leur pays"

Maroc, Tunisie, Algérie… Il semble qu’il existe des problèmes sur les visas, mais aussi quand il s’agit d’expulser un ressortissant vers son pays d’origine. Quelle est la marge de manœuvre du gouvernement ? "C’est un sujet très technique et assez ancien, explique Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Une personne qui est en France en situation irrégulière a soit caché soit détruit ses titres d’identité. Pour pouvoir la renvoyer, il faut que les autorités consulaires de ces pays en France lui délivrent un laisser-passer consulaire. Il est vrai que ces pays ont beaucoup de mal à reconnaître, comme on dit, leurs ressortissants, et à accepter qu’ils retournent dans leur pays. Tout l’enjeu pour le gouvernement est de voir comment il peut faire pression sur ces autorités pour qu’ils délivrent beaucoup plus vite ces laisser-passer consulaires."

Les flux migratoires ont-il repris, au lendemain de l’effet Covid ? "Les déplacements ont beaucoup repris depuis le 1er janvier, c’est ce qui préoccupe le gouvernement, confirme l’auteur de l’ouvrage "Ce grand dérangement, l’immigration en face" (Tracts – Gallimard 2020). Les premières nationalités qui débarquent en Espagne, hors l’épisode récent lié au Front Polisario, ce sont des d’abord des Maghrébins, et en particulier des Algériens. À partir de la Tunisie et de la Libye, en Italie, ce sont d‘abord des Tunisiens. Depuis début janvier, l’augmentation est très élevée. On en est revenu presqu'aux chiffres de 2019. Plusieurs milliers de Tunisiens, Algériens, Marocains sont passés soit par l’Italie soit par le Maroc, 90% de l’immigration algérienne en Europe se fait en France, l’immigration marocaine se fait aussi en France. De même pour les Tunisiens. Les personnes ne s’arrêtent pas en Italie ou en Espagne, d’où les tensions à la frontière."

"Des délinquants, des sortants de prison, des radicalisés..."

Pourquoi ces pays ne collaborent-ils pas mieux avec la France ? "Je pense qu’il y a essentiellement le fait qu’une partie de ces ressortissants que l’on veut renvoyer sont des migrants économiques sans titre de séjour en France, qui seraient en situation difficile, et qu’ils ne veulent donc pas les reprendre. Plus préoccupant, et c’est ce qui mobilise le gouvernement et le ministre de l’Intérieur qui s’est rendu dans ces pays, il y a des délinquants, des sortants de prison, des radicalisés... Il existe une appréhension, qui est légitime, à reprendre ce type de personnes."

Quels sont les moyens de pression de la France ? "Ils avaient déjà été mis en œuvre avant la crise sanitaire. Le nombre de visas avait considérablement diminué, en particulier avec des pays comme l’Algérie. On était monté à 500.000 visas par an de personnes souhaitant partir de l’Algérie et venir en France. On était passé à 200-250.000. L’idée est que, si vous ne délivrez pas de laisser-passer consulaires pour récupérer quelques dizaines de vos ressortissants, nous bloquons les visas vers la France."

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