Élisabeth Lévy - "Si Dupond-Moretti veut battre le RN, qu'il réponde aux inquiétudes légitimes des Français"

Plutôt que d'évoquer les vrais sujets de fond, la campagne présidentielle est déjà lancée, plaçant au coeur de tous les débats, ce duel annoncé Macron-Le Pen. Alors le ténor des cours d'assises, devenu Garde des Sceaux et depuis peu, candidat LREM dans les Hauts-de-France, joue les résistants anti-fascistes. Désuet et pathétique.

Le ministre bretteur, caméras braquées sur lui, candidat pour les régionales, s'est fendu de cette phrase : « Je ne vais pas, comme Xavier Bertrand, chasser sur les terres du RN, je vais chasser le RN de ses terres. » (Photo de François Lo Presti / AFP)

Éric Dupond-Moretti est déjà en campagne dans les Hauts-de-France.

Et il rejoue un air usé depuis quarante ans, y compris par Emmanuel Macron en 2017. Le Saint-Georges démocratique va terrasser le dragon populiste. L’avocat devenu ministre a annoncé la couleur dans la Voix du Nord avec une petite phrase écrite pour être reprise dans les médias. « Je ne vais pas, comme Xavier Bertrand, chasser sur les terres du RN, je vais chasser le RN de ses terres. »

Depuis, il a sorti tout l’arsenal sémantique de l’antifascisme de salon : “menace pour la démocratie”, “parti de la haine”. Au passage, il insulte les 40 % d’électeurs qui ont voté pour elle en 2017, ceux que Macron avait appelé, sociologiquement, les lépreux. 

Marine Le Pen a ironisé sur l’obsession qu’a Garde des Sceaux pour elle et il a demandé un bracelet anti-rapprochement. Tout le chœur de vierges outragées chante sur le mode : elle se moque des femmes battues et tuées. Non, elle se moque simplement de Dupond-Moretti et elle a raison.

Pourquoi ? 

Parce que le discours anti-fasciste était déjà à côté de la plaque s’agissant du père, il est désormais carrément absurde avec la fille. Les médias parlent de « droite républicaine » comme si le RN ne l’était pas (républicain). Or, il n’est pas interdit, il est donc républicain. Pour les Français, c’est un parti comme les autres. On peut dire qu’on vote RN sans devenir un paria. 

Certes, beaucoup le croient incapable de gouverner, mais très nombreux sont ceux qui partagent son constat et à dire ce que Jean-Marie Le Pen pensait tout haut, il y a trente ans. Des sondages récurrents attestent que 60 % des Français pensent qu’il y a trop d’immigrés. On ne peut plus dire que c’est raciste. 73 % des Français pensent que le pays se délite, policiers agressés, quartiers islamisés. Et Dupond-Moretti joue à la Résistance. C’est pathétique. 

Si le Garde des Sceaux veut lutter contre le Rassemblement National, la meilleure - et la seule - des façons n’est autre que de répondre aux inquiétudes légitimes de ses électeurs. À savoir rétablir l’autorité de l’État, la fermeté de la Justice et gagner cette lutte contre la voyoucratie, tout comme un débat pragmatique sur les frontières. 

En lieu et place de cete réponse à apporter, il y a cette manœuvre bas-de-gamme d’Emmanuel Macron pour affaiblir Bertrand, toujours dans l’optique d’un duel forcément victorieux avec Marine Le Pen. Ils Jouent de leur prétendue supériorité morale. Cette stratégie a amené le RN de 5 à 25 % des électeurs. S’il arrive au pouvoir, l’auront bien cherché.