Edwy Plenel : "La société doit dire à Emmanuel Macron de redescendre sur Terre"

Edwy Plenel, président et co-fondateur du site internet Mediapart ©GEORGES GOBET - AFP

Le président et co-fondateur du site internet Mediapart critique la présidence "jupitérienne" d'Emmanuel Macron, alors qu'il participe à l'ouverture, ce mercredi à Toulouse, de l'université européenne des mouvements sociaux, organisée par Attac, à Toulouse.

Invité du Grand Matin Été Sud Radio au micro de Philippe Verdier, Edwy Plenel, président et co-fondateur du site internet Mediapart, est revenu sur l'université européenne des mouvements sociaux, organisée par Attac, qui s'ouvre ce mercredi à Toulouse et à laquelle il participe.

"C'est un lieu de rencontre de tous ceux qui refusent la fatalité d'un monde dominé par la finance, par le profit, par l'avidité. C'est un partage d'expériences militantes, de savoirs concrets. En ces temps de divisions profondes, notamment à gauche, c'est le seul endroit où toutes les sensibilités peuvent se retrouver et dialoguer", explique Edwy Plenel.

Il est stupéfiant que dans un pays comme le notre, un geste d'humanité aussi élémentaire que tendre la main à son prochain soit criminalisé

Au programme de ces échanges, notamment, la question de l'accueil des migrants. "Il est stupéfiant qu'au début du XXIe siècle, dans un pays comme le notre, qui se targue d'être le pays de la déclaration des Droits de l'Homme, un geste d'humanité aussi élémentaire que tendre la main à son prochain soit criminalisé, que le fait de secourir des gens qui se noient en mer soit dénoncé. Bref, que nous, l'Europe, nous fermions nos portes au monde. Attac, comme tous les défenseurs des droits humains dans notre pays, s'élève contre l'indifférence officielle qui, hélas, continue sous cette présidence", regrette Edwy Plenel.

Emmanuel Macron "n'est pas un Dieu !"

"Ce repli sur soi fait surgir des monstres, poursuit-il. Charlottesville le montre. On voit tout à coup, dans la première puissance mondiale, des drapeaux nazis et entendre des slogans antisémites, en même temps qu'il y a cette haine du noir liée à l'esclavagisme nord-américain. Il y a de quoi se dire qu'il faut se réveiller. Ça veut dire se mobiliser, ne pas rester indifférent."

C'est notamment sur ces questions, mais également sur d'autres, comme l'évasion fiscale, qu'Edwy Plenel a été invité par Attac pour ouvrir cette université européenne des mouvements sociaux. Le président et fondateur du site Mediapart n'épargne pas non plus le président Emmanuel Macron : "Notre regard est très critique. Il y a une dimension de cette politique économique et sociale qui illustre le déni de démocratie sociale dans la discussion sur la nouvelle loi travail. On s'y attendait, même si c'est beaucoup plus violent et beaucoup plus brutal qu'annoncé. La surprise, c'est qu'il n'y a même pas cette promesse de M. Macron de révolution démocratique profonde. Cette présidence, qui se prétend neuve, est d'un ancien monde dans sa relation à l'opinion publique et aux médias. Sa communication est contrôlée par une papesse des paparazzi, donc de la presse people. Il ne fait pas de conférence de presse. Il poursuit des journalistes. Il est enfermé dans sa bulle de Bonaparte, de César, de Jupiter, comme il le dit lui-même. Non ! Ce n'est pas un Dieu. Il n'est pas dans un Olympe au-dessus de nous. La société doit lui rappeler, c'est l'enjeu des mobilisations à venir, qu'il doit redescendre sur Terre."

Il faut rappeler aux politiques qu'ils doivent des comptes à la société

Edwy Plenel a également évoqué la dernière grosse révélation de Mediapart, à savoir les vacances de deux ministres, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, dans une villa corse dont les propriétaires auraient des liens avec "le monde mafieux" : "Nous avons fait notre travail d'alerte. Il y a parfois une inconscience de ceux qui, grâce à nos voix, se retrouvent au pouvoir. Le vrai phénomène de la dernière présidentielle, c'est l'abstention, les votes blancs et nuls. Il faut rappeler aux politiques qu'ils sont sous notre regard et qu'ils doivent des comptes à la société. Ce n'est pas les traquer que de faire ça. C'est rappeler que nous sommes à l'ère du numérique, du participatif, des réseaux sociaux. Il faut une nouvelle culture démocratique."

Écoutez l'interview d'Edwy Plenel, invité du Grand Matin Été Sud Radio au micro de Philippe Verdier

 

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