Biarritz : les élus se déchirent autour de l'avenir de l'Hôtel du Palais

L'Hôtel du Palais à Biarritz
Le dossier de l'Hôtel du Palais n'en finit plus d'agiter les tensions au sein du conseil municipal de Biarritz ©FRANCK FIFE - AFP

La Ville de Biarritz doit voter lundi en conseil municipal l'entrée d'un actionnaire privé, JCDecaux, au capital de l'Hôtel du Palais, son luxueux palace de bord de mer. Mais plusieurs élus craignent, à terme, une privatisation déguisée.

Avis de tempête à Biarritz, lundi, lors du conseil municipal. Les élus devront se prononcer, indirectement, pour ou contre l'entrée d'un actionnaire privé, le groupe JCDecaux Holding, au capital de l'Hôtel du Palais, son luxueux palace qui fait face à la mer, fleuron touristique de la cité, vieux de plus d'un siècle.

Une situation provoquée par la volonté d'en confier la gestion à un professionnel de l'hôtellerie de luxe, à savoir le groupe Hyatt, et par l'accueil du G7 en août prochain, qui obligent à entreprendre d'importants travaux de réfection.

65 millions d'euros de travaux

Des travaux aujourd'hui estimés à 65 millions d'euros par des experts. Un chiffre astronomique qui n'a pas manqué d'interpeller plusieurs élus, dont Nathalie Motsch, adjointe à l'urbanisme.

"Ce Palais a besoin d'un bon lifting, parce qu'il est dans un état qui n'est pas satisfaisant, mais je conteste ce montant pharaonique et trop lourd à porter pour notre commune", assure-t-elle.

Un montage qui s'est fait dans la plus grande opacité et la plus grande précipitation

D'autant que la mairie, propriétaire de l'Hôtel du Palais via la Socomix, société privée dont elle est actionnaire majoritaire, n'a pas les moyens d'assumer un tel investissement. La Socomix s'est donc tournée vers les banques pour emprunter 50 millions d'euros. Toujours insuffisant. Un actionnaire privé, le groupe JCDecaux Holding, va donc investir 15 millions d'euros en fonds propres et devenir actionnaire de la Socomix à hauteur de 33,5 % et va obtenir une minorité de blocage.

Lundi, les élus devront voter pour ou contre le transfert du fonds de commerce à la Socomix. Les murs, eux, ont déjà été transférés fin juillet après un vote qui s'est joué à une voix. Mais c'est bien tout ce montage qui sera ou non validé. Et pour Nathalie Motsch, le manque d'informations qui entoure ce dossier ne permet pas un vote éclairé des élus : "Je dénonce un montage qui s'est fait dans la plus grande opacité, dans la plus grande précipitation à l'approche du G7 et un montage qu'on a découvert, nous élus, il y a à peine 8 jours, avec des documents qui démontrent, qu'à terme, les Biarrots perdront le Palais. C'est un acte de vente déguisé."

JCDecaux pourrait devenir propriétaire de l'Hôtel du Palais... pour une trentaine de millions d'euros

Car ce que craint l'élue, c'est que la Ville n'ait, d'ici quelques années, d'autres choix que de laisser JCDecaux lui racheter ses actions, hypothèse prévue par le pacte d'actionnaires, selon elle.

Les conditions de l'emprunt bancaire prévoient que la Socomix ne rembourse, pendant les 8 premières années, "que les intérêts et 5 millions d'euros du capital". Donc dans neuf ans, il faudra renégocier les 45 millions d'euros restants : "C'est irresponsable de laisser aux élus de 2027 la charge de renégocier cet emprunt, avec des taux qui seront nécessairement plus élevés." 

"La Ville garde 54 % du capital et reste majoritaire, il n'y a aucune perte de contrôle", rassurait mardi le premier adjoint au maire, Guy Lafite, dans les colonnes de Sud Ouest.

Une pression colossale et scandaleuse est mise sur les élus. On peut parler d'un régime de terreur

Mais plus que cette éventuelle privatisation déguisée, ce qui inquiète Nathalie Motsch, outre le fait qu'elle s'est décidée sans aucun débat, c'est le faible montant que pourrait ramener cette vente.

"Entre l'estimation des murs et celle du fonds de commerce, ça voudrait dire que le Palais vaut 39 millions d'euros. On est nombreux à considérer que ce n'est pas dans la réalité et que c'est déraisonnable", dénonce-t-elle. À titre indicatif, le maire de Biarritz, Michel Veunac, se targuait il y a quelques mois que l'établissement avait réalisé un chiffre d'affaires record de 21 millions d'euros en 2016.

Tensions et pressions au Conseil municipal

À trois jours d'un vote décisif pour l'avenir de l'Hôtel du Palais, l'ambiance est loin d'être apaisée au sein du conseil municipal. Dans le journal Sud Ouest, la semaine dernière, Nathalie Motsch parlait du "casse du siècle"

"C'est diffamatoire ! Je ne suis pas un délinquant ! Ce qui est dit est un tissu de mensonges", lui a répondu le maire Michel Veunac.

L'adjointe à l'urbanisme confirme les tensions actuelles au sein de l'équipe municipale : "À titre personnel, je suis très malmenée. Je fais régulièrement l'objet d'attaques directes, indirectes ou sexistes. On va dire que c'est la vie politique, que ce n'est pas un monde de bisounours. Ça se traduit par des appels téléphoniques, des menaces de perdre sa délégation... Avec ce combat que je mène pour dénoncer ce qui n'a pas été clairement dit, je sais très bien que je prends des risques, je ne suis pas dupe. Une pression colossale et scandaleuse est mise sur les élus, on peut parler d'un régime de terreur."

Ce climat ne la rend pas optimiste pour l'issue du vote de lundi. Et au-delà des batailles politiques, d'autres acteurs ont émis des doutes. La Financière du Louvre, autre actionnaire de la Socomix à hauteur de 22 %, s'est abstenu lors du vote sur le montage en début de semaine et a mandaté ses propres experts pour évaluer le montage financier et l'estimation de l'Hôtel du Palais.

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