"Alexandre Benalla a beaucoup parlé... et élargi le champ des contradictions"

Jean-Pierre Sueur, sénateur PS du Loiret et vice-président de la Commission des lois du Sénat
Jean-Pierre Sueur, sénateur PS du Loiret et vice-président de la Commission des lois du Sénat, co-rapporteur de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla ©Sud Radio

Jean-Pierre Sueur, sénateur PS du Loiret et vice-président de la Commission des lois du Sénat et co-rapporteur de la commission d'enquête sur l'affaire Benalla, était l'invité politique du Grand Matin Sud Radio.

2h30 d'audition, mercredi matin, pour Alexandre Benalla devant les sénateurs membres de la commission d'enquête.

Une commission dont le co-rapporteur, Jean-Pierre Sueur, était l'invité politique du Grand Matin Sud Radio ce jeudi. Le sénateur PS du Loiret est revenu sur les propos tenus par l'ancien chargé de mission de l'Élysée.

"Alexandre Benalla a beaucoup parlé et, ce faisant, il a aussi beaucoup élargi le champ des contradictions", a résumé Jean-Pierre Sueur.

Le cabinet du président de la République nous dit que M. Benalla n'exerçait aucune mission de sécurité, mais c'est devenu très difficile à croire

Des contradictions qui sont, notamment, apparues criantes, sur la question du permis de port d'arme dont bénéficiait Alexandre Benalla.

 

 

"M. Yann Drouet (ex-directeur de cabinet du préfet de police, NDLR) dit qu’il a été saisi d’une demande par rapport aux tâches de sécurité qu’accompli M. Benalla à l’Elysée et nous avons un document qui dit ‘Considérant que M. Benalla exerce des missions de sécurité’. Alors que M. Benalla nous a dit qu’il avait une arme seulement parce qu’il était menacé. Et si vous écoutez le directeur de cabinet du président de la République, il nous dit que M. Benalla n’exerçait aucune mission de sécurité mais était un simple organisateur des voyages et des déplacements, ce qui est devenu très difficile à croire. Nous sommes devant trois versions complètement différentes", relève le vice-président de la Commission des lois du Sénat.

Quelqu'un tabasse des citoyens, devant des policiers et des CRS. Et voilà qu'il se retrouve, le lendemain, dans une réunion de commandement avec le ministre de l'Intérieur et le préfet de police...

Des zones d'ombres que la commission d'enquête sénatoriale tentera d'éclaircir dans son rapport qui devra pointer les dysfonctionnements de l'État et faire des propositions pour y remédier. 

"C’est une affaire complexe, dans laquelle il y a beaucoup de choses étranges, remarque toutefois le sénateur socialiste. Quelqu’un tabasse des citoyens devant des policiers et des CRS. Et le soir, aucun compte-rendu n’arrive à la préfecture de police ou au ministre de l’Intérieur. Et l’auteur de ce tabassage, voilà qu’il se retrouve le lendemain dans une réunion de commandement avec le ministre de l’Intérieur et le préfet de police..."

Je ne comprends pas pourquoi il y a eu ces pressions sur la commission d'enquête

 

 

Jean-Pierre Sueur a ensuite exhorté les membres de l'exécutif et de la majorité à laisser la commission d'enquête faire son travail et déploré les pressions dont ils ont été victimes : "Il y a eu pendant huit jours toute une série de pressions sur nous. Le président de la République a téléphoné au président du Sénat, quatre ministres se sont exprimés... Je ne comprends pas pourquoi il y a eu ces pressions. Nous savons très bien qu’il y a l’indépendance de la justice et que le Parlement ne peut pas interférer sur ce qui relève de la justice. Hier, aucune question n’a été posée qui relève de la justice."

Et s'il est attaché au fait que le Sénat reste à sa place, il attend tout de même de la justice qu'elle fasse toute la lumière sur cette affaire, notamment sur le coffre-fort disparu lors de la perquisition du domicile de l'ancien proche d'Emmanuel Macron : "Hier soir, j’ai appris qu’une organisation syndicale de policiers avait porté plainte avec constitution de partie civile. Je m’en réjouis et j’espère qu’il y aura enfin un réquisitoire supplétif. Une perquisition avec une porte qui reste fermée et un coffre qui disparaît, il y a là quelque chose qui doit intéresser la justice. Je ne comprendrais pas que la justice ne s’y intéresse pas."

 

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