Parlons Vrai chez Bourdin - Iran : "C'est étonnant que les féministes ne souhaitent pas en parler"

En Iran, vent de colère après la mort de Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée par la police des mœurs. Farid Vahid, Membre de la Fondation Jean-Jaurès, directeur de l'Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, diplômé de l’université de Téhéran et de Sciences Po Lyon en relations internationales, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio le 19 septembre dans "Parlons Vrai chez Bourdin".

Iran voile
La mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour avoir mal porté son voile, a fait la une de la presse iranienne. © AFP

Mahsa Amini, âgée de 22 ans, avait été arrêtée mardi 13 septembre à Téhéran par la police des mœurs et l’unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique, dont le port obligatoire du foulard en public. Le motif de son arrestation reste flou. La télévision d’État a annoncé vendredi 16 septembre sa mort après trois jours dans le coma. Selon l’agence de presse Fars, elle a été inhumée samedi 17 septembre dans sa ville natale de Saghez, dans la province du Kurdistan.

"En Iran, ne pas être correctement voilée n'est même pas un délit, c'est un crime !"

Depuis la Révolution islamique de 1979, la loi impose en Iran à toutes les femmes le port d’un voile recouvrant la tête et le cou tout en dissimulant les cheveux. La conduite de la police des mœurs, qui patrouille dans les lieux publics pour vérifier l’application de la loi sur le foulard et d’autres règles islamiques, est de plus en plus contestée. En 2017, des dizaines de femmes ont publiquement retiré leur foulard lors d’une vague de protestations. Les autorités ont depuis adopté des mesures plus strictes. Sur les réseaux sociaux, des femmes ont diffusé des vidéos dans lesquelles elles se coupaient elles-mêmes les cheveux, pour protester contre ces règles et en guise d’hommage à Mahsa Amini.

"Les Iraniens et les Iraniennes surtout sont très en colère, explique Farid Vahid. Il y a des manifestations dans différentes villes en Iran. C'est dramatique, très tragique. Ça fait des années que les Iraniennes protestent contre le voile obligatoire. En Iran, ne pas être correctement voilée n'est même pas un délit, c'est un crime ! Elles sont vues comme des criminelles, dénonce-t-il. La police de la Guidance islamique va arrêter les femmes parce qu'elles ne sont pas assez voilées". "Le service militaire est obligatoire en Iran, ce sont donc souvent des jeunes hommes qui viennent de la campagne".

"Les soldats sont obligés d'arrêter un certain nombre de personnes tous les jours"

"Le régime instrumentalise la situation, met les gens devant le fait accompli, souligne Farid Vahid. Il y a en Iran une minorité de fanatiques, partisans du régime, en faveur des lois islamiques. Le régime fait tout ça pour eux". "Les soldats sont obligés d'arrêter un certain nombre de personnes tous les jours, dénonce-t-il. Ils doivent faire leurs chiffres, de nombreuses analyses le disent". Selon lui, "le principal responsable de cette situation en Iran, c'est le guide de la Révolution. Ça vient d'en haut, c'est un système très vertical en Iran. C'est lui qui est en faveur de cette société islamiste. C'est d'ailleurs lui que visent les Iraniens sur les réseaux sociaux".

Pourquoi ne constatons-nous pas plus de révolte en Occident, notamment des féministes ? s'interroge Jean-Jacques Bourdin. "C'est toujours important de voir si dans le monde on va parler de ça. On a la censure en Iran, c'est déjà une victoire que ça sorte pour les Iraniens", confirme Farid Vahid. Il trouve "étonnant que les féministes ne souhaitent pas parler de ce sujet". Une auditrice, choquée, déplore cependant "une récupération politique et raciste". Pour elle, "ce n'est pas un combat contre ou pour le voile, mais contre la violence faite aux femmes". Patrick dénonce quant à lui : "En France aussi, on a une police religieuse ! Elle n'est pas officielle, mais ce sont les frères et les pères qui surveillent que leurs femmes portent le voile !"

 

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