Sébastien Boussois : "les Emiratis ont réussi à faire quelque chose d’extraordinaire"

Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques appliquées à Bruxelles et au Québec, pour « Les Emirats arabes unis à la conquête du monde », aux éditions Max Milo était l’invité d’André Bercoff le 17 septembre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Sébastien Boussois invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Sébastien Boussois : "La conquête du monde arabe est déjà la première étape"

Pour Sébastien Boussois "La conquête du monde arabe est déjà la première étape" avant la conquête du monde. "Si tout va bien, ça ira jusqu’à mars, c’est leur objectif, avec les israéliens notamment", explique-t-il. "Il y a, dans les accords d’Abraham qui ont été signés il y a un an, une volonté d’être dans une coopération militaire, sécuritaire, technologique, cyber mais également spatiale", ajoute le chercheur en sciences politiques. "C’est des projets de Mohammed Ben Zaied qui ne manque pas d’ambition".

Pour expliquer l’intérêt qu’ont les occidentaux à se rendre aux Emirats arabes unis, Sébastien Boussois juge que "dans le magma du monde arabe, depuis des années, plus personne ne va en Tunisie, il n’y a plus de tourisme, au Maroc ça a été la chute, plus personne ne va en vacances en Egypte non plus. Plus personne ne va véritablement en Jordanie". Pour le chercheur, "il y a eu d’une part une redistribution de la manne touristique et de l’argent qui va avec et les Emiratis ont réussi à faire quelque chose d’extraordinaire". "C'est-à-dire d’un désert, ils ont réussi à faire un mirage, une oasis de liberté, de libéralisme", explique-t-il, "c’est un endroit où on va s’amuser, faire du ski le matin, se baigner l'après-midi".

 

"Les émirats ont prouvé qu’il y avait une ville qui était acceptable"

"Le problème est que Dubaï a concentré peut être toutes les vertus mais également tous les vices, c’est-à-dire que c’est devenu une ville touristique où les gens vont facilement", déclare Sébastien Boussois, "il y a des séjours tout inclus". Le chercheur explique que "vous pouviez aller en octobre-novembre à Dubaï et on vous fournissait, le vaccin, quand il n'y en avait pas encore suffisamment ici". Pour lui, "il y a une communication autour de Dubaï qui s’est vendue comme la ville de la liberté, la ville des loisirs et en fait une ville sur le mode de vie occidental mise sous cloche".

Aujourd’hui, les touristes cherchent à "aller dans un pays arabe", explique-t-il. "Les émirats ont prouvé qu’il y avait une ville qui était acceptable, qui était tolérante, où il y a de l’alcool, où il y a des casinos, ou il y a de la prostitution également", explique Sébastien Boussois. "La fin en soit est acceptable, les moyens sont plus problématiques", juge-t-il, "Tout cet argent qui est arrivé à Dubaï n’est pas en termes de ressource et d’origine très claire".

 

"En 20 ans les américains ont versé 2.000 milliards de dollars" à l'Afghanistan

"En 20 ans les américains ont versé 2.000 milliards de dollars dont 800 millions pour la formation de l’armée et de la police", explique Sébastien Boussois. Pour lui, "c’est assez terrible comme situation", "on a cru en des élites afghanes venues de nulle part. elles revenaient de l’étrangers, car elles étaient bannies au moment des talibans, certaines se sont improvisées nouveaux chantres de la démocratie, et beaucoup n’avaient pas ni véritablement d'expériences, ni manifestement d’envie d’un intérêt général", juge le chercheur en sciences politiques.

"Beaucoup d’argent de la communauté internationale a transité par des élites afghanes qui étaient rapidement corrompues", explique l’auteur de Les Emirats Arabes Unis à la conquête du monde. "Aux émirats vous pouvez transférer de l’argent assez facilement car il n’y a pas de lois contre le blanchiment, il n’y a pas de loi contre le terrorisme, il n’y a pas traque fine comme nous avons ici", continue Sébastien Boussois. "Vous pouvez faire un virement vers un compte émirati en en ouvrant un ou en passant par Pierre, Paul, Jacques, x, y ou z, et vous avez tout cet argent pour vous". Le plus bel exemple pour le géopoliticien est lorsque "Ashraf Ghani, l’ancien président afghan est parti la queue entre les jambes juste avant la chute de Kaboul. Et il est parti où ? On l’a retrouvé évidemment à Abu Dhabi. Tout ça est assez triste", juge-t-il.

 

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