En marge des négociations entre le Liban et Israël, une manifestation pro-Hezbollah a été organisée samedi dernier à Beyrouth. Preuve que cette organisation née en 1982 et qui refait régulièrement parler d'elle depuis 2023, est toujours debout. Mais que sait-on précisément d'elle ? Pourquoi divise-t-elle tant ? D’où vient-elle ?
Une naissance dans la guerre et l’occupation
En plein milieu de la guerre du Liban, le 6 juin 1982, l’armée d’Israël pénètre dans le sud-Liban. Elle entame un siège de Beyrouth, capitale du pays. L’objectif était alors de détruire les bases d’attaque de Palestiniens de l’OLP, l’Organisation de Libération de la Palestine. Créé à l’initiative des Libanais, mais avec l’aide morale et financière du gouvernement Iranien, le Hezbollah (littéralement « parti de Dieu ») se réclame d’une idéologie islamiste chiite. Lors de sa création, le Hezbollah définit clairement sa vision d’Israël. La « destruction finale » d’Israël est un « devoir religieux » pour tous les musulmans, définissant au passage l’état hébreu comme étant « le mal absolu ».
Des actions de guérilla et de terrorisme à travers le monde
Dans les années 80, le Hezbollah va perpétrer des dizaines d’attentats à travers le monde avec pour objectif principal de viser des Israéliens et des Américains. En France, l’organisation islamiste va procéder à une série d’attentats et prises d’otages entre décembre 1985 et septembre 1986 faisant au total 14 morts et 303 blessés. Ces attentats ont notamment eu pour conséquence la création de la loi n°86-1020 “relative à la lutte contre le terrorisme et aux atteintes à la sûreté de l’État”.

Des jeunes Beyrouthins posant avec un drapeau du Hezbollah sur les ruines de l'ancienne prison de l'Armée libanaise du Sud à Khiam ©Paul Keller, 2007
Une force politique et sociale en puissance
Dans le même temps, le Hezbollah devient un parti politique et une force sociale au Liban. Il obtient douze députés lors du premier scrutin législatif de 1992 et neuf lors de celui de 1996, imposant peu à peu son idéologie chez les citoyens libanais. Depuis, il dispose en permanence de députés au Parlement et participe régulièrement aux gouvernements de coalition. État armé dans l’État libanais, le Hezbollah forme alors une force de rupture et une composante structurante du système politique libanais. Pour ses partisans, cette armée parallèle est légitime grâce à sa résistance à Israël. Pour ses opposants, elle représente au contraire une atteinte directe à la souveraineté de l’État libanais.
Reconnue comme organisation terroriste
Le 22 juillet 2013, les ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne changent de doctrine et ajoutent officiellement sur leur liste des organisations terroristes la branche militaire du Hezbollah. Cette mesure est officiellement justifiée par l'implication présumée du mouvement islamiste-chiite libanais dans un attentat anti-israélien, l’attentat de Bourgas, commis en 2012 en Bulgarie, causant la mort de 7 personnes et blessant 32 autres. Par cette décision, le Hezbollah rejoint ainsi le Hamas (dans la liste depuis 2003) et Al-Qaïda (dans la liste depuis 2002). Plusieurs pays ne font pas la distinction entre la branche armée et l’organisation islamiste et reconnaissent donc le Hezbollah dans son ensemble comme terroriste. Parmi ces états, on retrouve les États-Unis, Israël, la Ligue Arabe le Canada ou encore l’Australie.
Depuis le 7 octobre 2023, le Hezbollah a été durement touché mais n’a pas disparu. Les derniers combats montrent qu’il conserve des forces encore actives dans le sud du Liban. Le dimanche 23 février, des centaines d'hommes et femmes ont défilé dans la rue, vêtues de noir pour faire leurs adieux, au chef historique du parti chiite libanais, Hassan Nasrallah, et à son cousin Hachem Safieddine, tués dans une frappe israélienne. Le parti est militairement affaibli par la guerre qu’il a lancée, en octobre 2023, contre Israël, et doit s'adapter.
Ce samedi 11 avril, la foule libanaise était rassemblée dans les rues de Beyrouth pour soutenir le Hezbollah et protester contre les négociations qui doivent se tenir cette semaine à Washington entre le Liban et Israël. Les manifestants présents ne souhaitent pas ces pourparlers, ne se sentant pas représentés par le gouvernement libanais. La foule rassemblée appelle non seulement à un cessez-le-feu, mais aussi au retrait des troupes israéliennes du territoire libanais.