"Adama et George Floyd ont pris trois policiers sur eux et ont eu les mêmes mots"

Quatre ans après la mort d'Adama Traoré, après trois expertises commandées par la justice et dédouanant les policiers, neuf jours après le décès de George Floyd suite à un plaquage ventral, un rassemblement en soutien à la famille Traoré s'est tenu à Paris hier. Assa Traoré fait un parallèle entre la mort de son frère et celle de l'Américain, demande justice et commande une expertise indépendante contredisant la version donnée à la justice. En face, la police craint un regain des tensions dans les semaines à venir. Comme aux États-Unis.

Assa Traoré, la soeur d'Adama, mène un combat pour son frère depuis maintenant quatre ans. Elle était la figure de proue du rassemblement d'hier. (Photo Kenzo Tribouillard / AFP)

Un reportage de Cyprien Pézeril pour Sud Radio.

 

Environ 15 000 manifestants  - selon la préfecture - se sont rassemblés hier, porte de Clichy et devant le tribunal de grande instance à Paris. Un rassemblement pourtant interdit, coronavirus oblige, mais non sans succès. Au-delà de l'affaire Adama Traoré, jeune homme mort après avoir été interpellé par la police et avoir refusé dans un premier temps d'obtempérer, ce sont les revendications anti-racistes qui se sont faites entendre. La comparaison de la situation en France avec celle aux États-Unis fait écho parmi les manifestants, partagent le même combat contre un racisme systémique de la police.

Assa Traoré, la sœur d’Adama vient de recevoir une nouvelle expertise commandée par sa propre famille et, contrairement à celles commandées par la justice, cette dernière atteste que son frère serait mort par étouffement.

"Adama a pris le poids de trois gendarmes sur lui, George Floyd a pris le poids de trois policiers sur lui, ils ont eu les mêmes mots "Je n'arrive pas à respirer, je n'arrive pas à respirer". C'est pour ça que nous avons décidé de venir ici. Que la juge dans l'affaire de mon frère puisse se dire qu'on ne se laissera pas faire"

 

La police en appelle à se fier seulement aux expertises commandées par la justice

Une position qui sème le trouble alors que les médecins mandatés par la justice avaient sortis trois expertises stipulant qu'Adama Traoré n'est pas mort par la faute des forces de l'ordre, en 2016. Et c’est à eux - et uniquement à eux - qu’il faut se fier selon Denis Jacob, secrétaire général d’Alternative police CFDT.

"Je suis désolé mais ce n'est pas la police qui fait les expertises médicales ! Qu'ils n'acceptent pas les expertises médicales parce que ça ne vas pas dans le sens attendu, c'est n'est pas plus acceptable qu'un dérapage policier !"

Pour rappel, Adama Traoré avait été arrêté par un plaquage ventral, technique policière controversée et interdite notamment en Belgique ou en Suisse.

 

Les forces de l'ordre craignent un regain des heurts entre police et population dans les jours à venir

 

La tension à Paris entre manifestants et force de l'ordre n'était plus à prouver mais les images sont là.
L'intervention a débuté dans le calme, puis, en fin de manifestation, il y a eu des jets de projectiles, de barricades, et des feux de trottinettes électriques ou de poubelles. Mais aussi l'usage de gaz lacrymogènes de la part des forces de l'ordre. Enfin, des manifestants ont réussi à gagner le boulevard périphérique pour le bloquer.
Yves Lefebvre, secrétaire général d'Unité SGP Police FO se veut pessimiste quant à la résolution d'une problématique profonde en seulement quelques jours.
"C'est une manifestation qui était légitimement interdite par le préfet de police. Dès lors que les gens ont défié cette interdiction, on savait malheureusement que ça allait finir en affrontements. Et avec toutes formes de violences urbaines parce que là, on a plusieurs segments : des gens qui viennent réclamer justice pour Adama Traoré, des gens qui viennent là pour en découdre avec les forces de l'ordre et d'autres venus pour piller. Bien évidemment, ce qu'on craignait est arrivé et ce n'est que le début de ce qui nous attend pour les semaines à venir."