"Gilets jaunes" : Macron et Philippe en mission pour éviter un acte V

Édouard Philippe et Emmanuel Macron ©LUDOVIC MARIN - POOL - AFP
Édouard Philippe et Emmanuel Macron ©LUDOVIC MARIN - POOL - AFP

Au lendemain des annonces d'Emmanuel Macron, l'exécutif va tenter de convaincre que ces mesures sociales répondent aux demandes des Gilets Jaunes, alors que nombre d'entre eux se déclarent déçus et prêts à poursuivre la mobilisation.

Après les annonces, place au service d'après-vente: l'exécutif va tenter mardi de convaincre que les mesures sociales déclinées la veille par Emmanuel Macron répondent aux demandes des "gilets jaunes", nombreux à se déclarer déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

La parole sera donnée au Premier ministre Édouard Philippe, appelé à détailler à partir de 15H00 devant les députés les gestes rapidement dévoilés par le chef de l'État dans son "adresse à la Nation" télévisée, suivie par plus de 21 millions de téléspectateurs rien que sur TF1, France 2 et M6.

Le pouvoir attend aussi d'étudier les mouvements de l'opinion, jugés cruciaux pour la poursuite de la crise, en l'absence d'organisation structurée des "gilets jaunes", un mouvement protéiforme et décentralisé.

Juste après le discours, de nombreux protestataires ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages et ont appelé à un "acte V" de la mobilisation, samedi dans toute la France.

L'État cherche à prévenir de nouveaux graves débordements, comme celles des deux derniers week-ends, et Emmanuel Macron a averti que les "violences inadmissibles (...) ne bénéficieront d'aucune indulgence".

Devant l'Assemblée nationale, Édouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales énumérées par le chef de l'État: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures supplémentaires payées "sans impôts ni charges". L'ensemble coûtera "entre 8 et 10 milliards", a confirmé mardi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Des inconnues demeurent sur leur mise en application: qui est concerné ? À partir de quand ? Avec quels financements ?

La France va devoir "sans doute creuser le déficit" public de manière "strictement temporaire", a reconnu le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM), en assurant qu'il serait revenu dès 2020 sous les 3% du PIB, le plafond fixé par les règles budgétaires européennes.

"Tableau Excel"

Un dépassement des 3% "ne choquerait pas" Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse. "Pour l'année 2019, avec cet état d'urgence économique et social et ce choc en matière de pouvoir d'achat, on n'a pas besoin d'avoir les yeux rivés sur un tableau Excel", a-t-il insisté.

De son côté, Emmanuel Macron recevra mardi après-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif" sans doute à travers des mesures fiscales. 

"Beaucoup d'annonces semblent objectivement bricolées", a commenté Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. "Après 4 semaines de combat, les 'Gilets Jaunes' se sont installés dans le paysage politique. Peut-être durablement. Ce retard dans la réaction est une faute politique majeure"

Ce discours de 13 minutes, prononcé à l'Élysée, était présenté comme décisif pour le président, sur sa capacité à relancer son quinquennat en surmontant la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir.

Il a visiblement voulu donner des gages sociaux sans effrayer le monde économique, alors que la crise va faire perdre 0,1 point de croissance à la France au 4e trimestre, selon le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

"Rien compris"

D'où des annonces qui ne pèsent ni sur les plus fortunés ni sur les entreprises. La mesure phare, la hausse pour les salariés au Smic, sera financée par une prime d'activité versée par l'État. 

C'est également l'État qui paiera l'exonération de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2.000 euros et la défiscalisation des heures supplémentaires. Quant à la prime de fin d'année, les entreprises sont appelées à la verser mais sur une base volontaire. 

Les première réactions syndicales étaient d'ailleurs très critiques. Pour la CGT, Emmanuel Macron "n'a rien compris de la colère qui s'exprime". L'UNSA a regretté que rien ne soit prévu pour les fonctionnaires, souvent proches du Smic. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, a toutefois estimé mardi que le président de la République avait "trouvé les mots pour décrire une situation sociale dégradée dans notre pays".

Chez les "gilets jaunes", pour beaucoup très déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil est mitigé, avec des dissensions qui semblent se renforcer entre les modérés et les radicaux.

Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelé à "une trêve" en saluant "des avancées". "On a une économie qui s'effondre, des commerçants prêts à mettre la clé sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d'une multitude de dépôts de bilan", a-t-elle plaidé.

Mais sur de nombreux points de rassemblement, comme à Aubagne (Bouches-du-Rhône) ou au Puy-en-Velay, les "gilets jaunes" se sont déclarés "insatisfaits" du discours d'Emmanuel Macron. "On va continuer à se battre, on n'est pas prêt de partir", a assuré l'un de leurs représentants.

Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également apporté son soutien à un "acte V" de la mobilisation samedi. Le président de la commission des finances de l'Assemblée Eric Woerth (LR) a lui appelé mardi les "gilets jaunes" à "lever le camp des ronds-points" et "à reprendre la vie".

Les rubriques Sudradio