Grenelle des violences conjugales : seriez-vous prêts à faire des signalements à la police ?

Marlène Schiappa lance un Grenelle des violences conjugales pour lutter contre les féminicides, qui aura lieu le 3 septembre prochain. Mais d’ores et déjà, la secrétaire d’État veut sensibiliser toute la société à ces violences. D’où notre question aux auditeurs ce matin : « seriez-vous prêts à faire des signalements à la police ? » […]

219.000 femmes sont victimes de violences conjugales en France.

Marlène Schiappa lance un Grenelle des violences conjugales pour lutter contre les féminicides, qui aura lieu le 3 septembre prochain. Mais d’ores et déjà, la secrétaire d’État veut sensibiliser toute la société à ces violences. D’où notre question aux auditeurs ce matin : « seriez-vous prêts à faire des signalements à la police ? » La démarche n’est pas facile. Faut-il l’encourager ?

 

"Ne pas bouger, cela s’appelle non-assistance à femme en danger"

"A priori c’est compliqué ! estime Véronique Jacquier. Quand on entend une femme hurler sous les coups de son conjoint, on se dit 'il faut que je fasse quelque chose mais je ne connais pas leur histoire'. Il y a souvent une très forte emprise de l’homme violent sur la femme battue. Cette dernière minimisera parfois les faits ou vous dira 'de quoi tu te mêles ?' Par ailleurs, les policiers ont déjà du mal à prendre au sérieux les plaintes des femmes violentées alors celles des voisins, ce n’est pas évident. Mais dans l’absolu, pour éviter un drame, il faut faire un signalement à la police. Il n’y a rien de pire que l’’indifférence : elle tue ! Ne pas bouger, cela s’appelle non-assistance à femme en danger".

À quoi sert le numéro le 39 19 pour les femmes victimes de violences conjugales ? "Il sert à demander de l’aide. Il y a quand même eu 67.000 appels en 2018, soit 10% de plus qu’en 2017. Si vous êtes témoin de violence conjugale, vous pouvez composer ce numéro plutôt que d’aller à la police. Le mieux est d’arriver à convaincre la femme victime de faire le 39 19 pour demander une prise en charge". Mais ensuite que se passe-t-il ? "Pas grand-chose ! regrette Véronique Jacquier. La France ne sait pas protéger les victimes. Il y a moins d’un centre d’hébergement par département pour femmes en danger... Après le dépôt d’une plainte ou d’une main courante, que ce soit au commissariat ou à l’hôpital où s’est réfugiée la femme, on la laisse repartir seule pour rentrer sous le même toit que le mari violent. Or, c’est parfois à se moment là que se produisent des drames".

"À partir du moment où on se sent concerné, on sort du règne de l'indifférence"

Pour Véronique Jacquier, il faudrait faire comme en Espagne, c'est-à-dire des tribunaux spécialisés pour condamner les hommes coupables. "Un budget d'un milliard d’euros est dédié aux violences conjugales, douze fois plus qu’en France : l’argent sert à aider les femmes à quitter le domicile. L’État joue aussi son rôle en se substituant à la victime quand elle n’ose pas porter plainte, et il peut le faire sur la base de témoignage". Enfin, en Espagne, l’opinion publique est beaucoup plus sensibilisée qu’en France : il y a beaucoup plus d’associations. "Des femmes bénévoles endossent même le rôle de garde du corps pour protéger des consœurs menacées. On dénombre 9 féminicides en Espagne depuis le début de l’année, pour 75 en France. Il faut que chez nous tout le monde s’y mette, et ça peut commencer par un coup de fil".

Pour Daniela Levy, porte-parole d’Osez le féminisme, la question du signalement est très importante. "Il est important de se sentir concerné : à partir du moment où on se sent concerné, on sort du règne de l'indifférence et on peut commencer à parler avec la victime et faire le relais avec les services compétents. C'est important mais ça ne suffit pas ! On en appelle surtout aujourd'hui à la responsabilité politique, de l'ensemble du gouvernement pour essayer de faire bouger les choses, car il y a une vraie urgence. 75 femmes sont mortes depuis le début de l'année, mais 219.000 femmes sont victimes de violences conjugales en France, on ne peut pas attendre le 3 septembre pour mettre en place des mesures. 

Ça passe par la reconnaissance des féminicides, qui sont des meurtres de femmes parce qu'elles sont des femmes. La France est en retard sur ce point. Nous réclamons aussi une augmentation du budget, un plan de formation conséquent pour les personnes au contact des victimes, pour ne plus avoir des plaintes refusées et des personnes mal accueillies".

 

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