Élisabeth Lévy - Suites de l'affaire Olivier Duhamel : le directeur de Sciences Po dans la tourmente

Depuis les révélations de Camille Kouchner dans "La Familia Grande" paru hier, la traque de ceux qui savaient ou qui avaient entendu s'ébruiter les rumeurs est lancée. Le directeur de Sciences Po, école du groupe de la Fondation nationale des sciences politiques dont Olivier Duhamel était le président-fondateur, aurait été mis au courant des agissements du constitutionnaliste envers son beau-fils. L'UNEF et Garces demandent sa démission, parce qu'il se serait tu.

Tout le scandale Olivier Duhamel est parti d'interviews de Camille Kouchner, belle-fille de Duhamel, au Monde et à l'Obs. (Photo de Joël Saget / AFP)

L’affaire Duhamel fait des vagues à Sciences Po où le directeur de l’école est dans le collimateur. 

Face au tribunal médiatique qui l’a déjà condamné à la mort sociale, Olivier Duhamel se tait. En attendant, il faut que des têtes tombent. On traque donc les complices, les coupables par omission, ceux qui savaient et n’ont rien dit, ou ceux qui ne savaient pas et auraient dû savoir. 

À Sciences Po, où Duhamel faisait la pluie et le beau temps, c’est le directeur Frédéric Mion qui est sur la sellette. 

Que lui reproche-t-on ?

Lundi, quand l’affaire a éclaté, Monsieur Mion a adressé un message aux étudiants et enseignants faisant part de sa stupeur et de son horreur. Seulement, il a été pincé en flag deux jours plus tard. Aurélie Filippetti, qui avait été informée des agissements d’Olivier Duhamel par des proches des Kouchner, révèle qu’elle lui en a parlé en 2019.

Mion se livre à alors à une piteuse autocritique expliquant qu’il a manqué de discernement en ne donnant pas suite. Depuis hier, des étudiants manifestent. L’UNEF et les féministes de Garces réclament sa démission, l’UNEF parce qu’il a menti (ce qui est indéniable) et Garces parce qu’il aurait protégé un homme accusé d’inceste. 

Ce n’est pas complètement faux…

Quand Filippetti lui en a parlé, il a consulté quelques personnes qui lui ont dit qu’il s’agissait de rumeurs. Aurait-il dû sanctionner son professeur sur la base de ces rumeurs ? Le dénoncer à la police ? On sait aussi que la calomnie peut faire des ravages. Et Frédéric Mion n’est pas juge d’instruction.

Dénoncer résoudrait-il la question de l’omerta ?

Si des gens avaient été au courant à l’époque des faits quand le garçon avait 13 ans, bien sûr, ils auraient dû saisir la justice. Mais à ce moment-là, seule la sœur, avait été mise dans la confidence. D’autres habitués des beaux étés de Sanary comme Élisabeth Guigou, sont dénoncés pour n’avoir rien vu. Comme la plupart des gens côtoyant des familles incestueuses. «  Bien sûr vous n'êtes coupable de rien. Mais vous êtes compromise » a tweeté Sandrine Rousseau, la tombeuse de Denis Baupin. Va-t-on créer un délit rétroactif de proximité avec un criminel sexuel ? 

Enfin, plusieurs personnes, dont Evelyne Pisier et Bernard Kouchner, ont été mises au courant bien plus tard. Le garçon avait alors 30 ans et il a exigé le silence. Aujourd’hui, chacun décrète péremptoirement qu’il fallait parler. Mais on ne libère pas la parole de force.