Les dîners élyséens de la bioéthique 

Emmanuel Macron a lancé une série de dîners à l’Élysée autour de la bioéthique, avec des experts reconnus. Se prépare-t-il à légiférer en la matière ?

Les dîners élyséens de la bioéthique 

Le premier de ces dîners était consacré à l’euthanasie, le sujet qui, dans les médias, produit le plus de simplisme et de faux consensus. Bien sûr, les Français, de sondage en sondage, s’expriment en faveur d’une loi. Sauf qu’on ne sait pas très bien ce qu’ils voudraient mettre dedans, et ça révèle justement la complexité de cette question qui touche à une de nos angoisses les plus profondes. Fin février, 156 parlementaires, dont 122 députés LREM ont signé un texte réclamant un changement de la loi. Ce qui est d’ailleurs assez spécial puisque la loi Claeys Léonetti a été votée à l’unanimité, et que les décrets d’application ont à peine un an.

Mais il y a une pression forte pour que le Président prenne position. Et il s’est d'ailleurs bien gardé de le faire. Pendant sa campagne, il s’était prononcé pour un débat, ce qui n’engage à rien. Il avait bien compris qu’il fallait jouer les modernes. Sauf que, lors de ce fameux dîner, Emmanuel Macron a considéré que ces mots, "suicide assisté", constituaient un oxymore, une contradiction dans les termes. Et la ministre de la Santé, quelques jours auparavant, s’étaient chargée d’exprimer ce qui est certainement la position du Président : il serait peut-être bien d’appliquer la loi Claeys Leonetti avant d’envisager de légiférer à nouveau. Mais pour comprendre les enjeux, il faut lire le texte magnifique, publié dans le Monde et signé Anne de la Tour, présidente de la société française d’accompagnement et de soins palliatifs.

Ce texte accompagne une tribune signée par 82 parlementaires qui réclament qu’on se concentre déjà sur l’information et la mise en œuvre de la loi existante, qui autorise l’euthanasie passive, la sédation qui accélère la mort, et sur le développement des soins palliatifs. Et Anne de la Tour remarque que ce sont les bien-portants, jamais les gens en fin de vie, qui réclament l’euthanasie active. Ce qui traduit en fait notre peur de l’échéance, notre peur d’être confrontés à la souffrance et à la mort. Les patients en fin de vie, eux, réclament qu’on arrête cette souffrance, qu’on leur permette de vivre encore, puis de s’endormir sans douleur. Ceux qui expliquent que l’euthanasie est une liberté qui n’enlève rien à personne refusent de considérer que l’existence même de l’euthanasie active oblige des patients déjà fragilisés à l’envisager pour eux-mêmes, pour soulager leurs proches. Ils nient la dimension collective de nos actes, ils poursuivent sur la mort le fantasme libéral d’une maîtrise absolue par des individus détachés de toute appartenance collective.

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