La dérive des gilets jaunes

Une dérive raciste et extrémiste a marqué la mobilisation des gilets jaunes ce samedi. Il y a eu des scènes étonnantes.

Deux scènes en particulier décrites par les médias et les réseaux sociaux m’ont frappé ce week-end. D’abord, ces groupes de gilets jaunes réunis sur le parvis du Sacré-coeur à Montmartre qui entonnent, geste à l’appui, le fameux refrain douteux du militant antisémite Dieudonné : la quenelle. Et puis, autre scène, barbare disons-le, qui se déroule dans le métro : une dame âgée – choquée par le geste de la quenelle – explique à ces gilets jaunes en plein délire que l’antisémitisme est un crime, leur seule réponse c’est "dégage la vieille"… On peut s’interroger en effet sur la vraie nature de ce qui reste de ce mouvement social. Sans parler des mini-hordes homophobes qui ont déferlé (à quelques dizaines seulement mais violemment hostiles) dans le Marais renversant les poubelles et lançant des insultes aux passants masculins.

Bien sûr, ces scènes ne résument pas à elles seules tout le mouvement des gilets jaunes. Mais ce qu’on peut constater d’abord, c’est qu’alors que le mouvement s’essouffle (pour ce qui est des rassemblements dans les grandes villes du moins), il ne reste plus comme tête de proue des irréductibles des jusqu’au boutistes des gilets jaunes, que ces racistes sans complexe. Après les casseurs, cela donne une image exécrable du mouvement. Et cela entretient un sentiment de pourrissement de la situation qui n’est bon pour personne, même pas pour le gouvernement dont on voit bien qu’il n’a pas totalement réussi à reprendre la main.

Qu’on ne se méprenne pas, tout les gilets jaunes ne sont pas racistes et homophobes, loin de là. Les injures antisémites et sexistes lancées par quelques-uns n’ont rien à voir avec les racines du mouvement. Elles sont même connues ces racines : le ras-le-bol fiscal, le poids excessif des charges, le profond sentiment d’injustice engendré par la culpabilisation de tous ceux qui utilisent leur voiture, la pseudo taxe verte sur le gasoil, la limitation à 80km/h, le resserrement des voies comme à Paris… C’est l’hostilité à tout ça, le vrai fondement de ce mouvement social sans précédent. Reste qu’une partie de ceux qui le portent sont décidés à en découdre, coûte que coûte, avec le système et souhaitent sa perte. Et, s’ils sont proches idéologiquement des mouvements les plus extrêmistes de droite comme de gauche, ils n’en sont pas nécessairement des militants.

Il y a dans ce mouvement des gilets jaunes une motivation sincère et légitime, celle de vivre mieux, décemment, tout simplement. Mais il y a aussi des relents identitaires indéniables, néo-fascistes, nauséabonds. Et désormais sans complexe. La parole la plus noire, taboue jusque là, s’étant libérée profitant du long silence assourdissant et méprisant d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe les premières semaines du conflit.

On peut donc se demander si les casseurs et les extrémistes ne vont pas finir par discréditer le mouvement, l’empêchant de redémarrer après les fêtes. C’est le rêve de la macronie. Mais cela risque d’être un vœu pieu… Car, le président de la République, contrairement à ses prédécesseurs, n’a pas utilisé les armes que lui fournit la Constitution pour dénouer l’aspect politique de la crise : pas de remaniement, pas de dissolution, pas de référendum… Emmanuel Macron a préféré innover avec son "grand débat". C’est son choix. Mais si celui-ci ne débouche sur rien de concret, si le président ne lâche rien aussi sur le terrain politique alors il lui faudra peut-être tout recommencer.