Jean-Michel Blanquer doit s'attaquer aux 'experts' de l'Éducation nationale

Le nouveau ministre de l'Éducation nationale réussit pour le moment ses débuts, mais il doit composer avec des experts qui estiment que "l'effort et la rigueur sont des valeurs réactionnaires".

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C'est le seul ministre cité dans l'interview de Macron au Point la semaine dernière. Il part de très loin, traînant 30 ans de renoncement, des mêmes politiques tant à droite qu'à gauche, avec les mêmes experts qui nous faisaient croire que la modernité était d'en finir avec 'les vieilles méthodes', 'la vieille culture', 'les savoirs inutiles'.

Le résultat est catastrophique.

C'est sûr que sur le papier, Jean-Michel Blanquer est impeccable, car, derrière une prudence très tacticienne, il y a quelques mots-clés qu'il sait manipuler : méthode de lecture, latin et grec, excellence, mérite.

Ça hérisse ceux qui estiment que l'effort et la rigueur sont des valeurs réactionnaires, et ils sont encore très nombreux rue de Grenelle.

Dans ce ministère, il ne suffit pas de proclamer pour que les choses se fassent. Ces experts sont notamment dans tous les centres de formation des professeurs, les ESPE. Il ne faut pas les braquer, donc c'est normal qu'un ministre soit prudent. Mais à un moment, on ne peut pas changer les choses en gardant les mêmes têtes. C'est d'ailleurs Emmanuel Macron qui l'a expliqué pendant sa campagne.

Le président du conseil national des programmes est toujours en place, celui qui avait pondu des phrases comme 'La grammaire n'est pas un Dieu'.

Le problème, c'est que les habitudes se prennent vite et que les jeunes profs sont à la merci des instructeurs. Pour le moment, Jean-Michel Blanquer a gardé le cœur des réformes de Najat Vallaud-Belkacem.

L'autonomie, ça sert à moins d'enseignement du Français, des maths, de l'histoire. Certes, ça fait de belles expos photos dans les halls des lycées, mais c'est tout.

Si, tout doucement, il remet de l'excellence, le goût de l'effort, les bonnes méthodes, au cœur de la formation des profs, là, on pourra applaudir. Et s'il fait en sorte qu'aucun gamin n'arrive en 6e sans savoir lire, on pourra accepter tout le reste.

Mais la tentation, c'est très souvent de faire avancer ce qui est facile, ce qui va vite, comme l'autonomie des établissements, et surtout ne pas toucher à ceux qui tiennent le ministère, le rectorat, et qui sont comme les moules sur leur rocher.

La France de Polony, l'édito de Natacha Polony dans Le Grand Matin Sud Radio, présentée par Patrick Roger