Paul-François Paoli : "Le discours universel républicain de la France est périmé"

Paul-François Paoli, journaliste, écrivain, auteur du livre "Aux sources du malaise identitaire français" (L’Artilleur) était l’invité d’André Bercoff, mercredi 22 janvier sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Paul-François Paoli invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Et si l'explication aux diverses actuelles traversées par la France se trouvait dans le malaise identitaire ressenti par tous aujourd'hui ? Paul-François Paoli essaye de remonter à la racine de ces maux qui menacent les Français d'une disparition en tant que telle.

 

"Nous ne sommes plus une grande puissance"

"On est dans un cul-de-sac historique", estime d'entrée l’essayiste qui voit d'un côté "un énorme malaise ressenti par tous, et de l'autre une sorte de tabou sémantique extraordinaire sur les causes de ce malaise". Un malaise identitaire "lié au fait que le discours universaliste républicain qui rassurait tout le monde n'est plus crédible aujourd'hui", juge Paul-François Paoli. En effet, le grand discours habituel, "la France pays des droits de l'homme, universel, humaniste" semble être devenu un discours "ridicule, vieillit, périmé", explique l'auteur. "La crise c'est que nous n'avons pas de discours de rechange", déplore-t-il.

Un discours vieux de plus de 200 ans et qui trouve sa source dans la Révolution française "quand Saint-Just écrit cette formule hallucinante à Robespierre : 'vous n'êtes pas seulement un député de la convention, vous êtes un représentant de l'humanité'", rapporte l'auteur. "Je montre le lien entre cette extraordinaire enthousiasme de l'universel et l'aventure impériale coloniale française qui est liée à l'idée d'exporter les Lumières. Or aujourd'hui, nous ne nous exportons plus, nous ne sommes plus une grande puissance", estime Paul-François Paoli. Et ce n'est pas parce que la France vend beaucoup d'armes, qu'elle reste une puissance militaire "relative" à l'échelle européenne ou que sa puissance économique s'est "extrêmement affaiblie" qu'elle a perdu de sa splendeur. "Il reste une puissance culturelle d'une certaine manière encore rayonnante au niveau de la francophonie", relativise-t-il, mais jugeant cela bien insuffisant.

L'universalisme face à la culture ?

Paul-François Paoli remarque "une attitude incroyable des élites politiques qui révèle de l'autruche". Si De Gaulle disait que "les Français sont des veaux", l'auteur préfère parler d'autruche pour leur facilité à mettre leur tête dans un trou en ignorant le monde extérieur. "Quand on voit quelqu'un comme Macron capable d'expliquer que la culture générale et littéraire à l'ENA est discriminante, c'est inouïe", se scandalise le journaliste. Il préfère se rappeler de la formule "extraordinaire" de Jean Paul II tenue à la tribune de l'ONU en 2002  : "Une nation existe par la culture, pour la culture". Alors oui, Paul-François Paoli le concède, "cette notion de culture est élitiste, élitaire et elle n'est pas complètement réductible à nos idéaux humanitaires, universalistes, démocratiques et c'est là tout le problème français".

Dans son livre, Paul-François Paoli tente de faire "une succession d'arguments logiques". Pour lui, l'heure est grave, "si nous continuons à nous bercer d'illusions, à nous faire croire que ce sont des valeurs universelles qui fondent la France nous allons disparaître en tant que tel", prédit-il. En effet, selon l'auteur, "si ce sont les valeurs universelles qui nous qualifient, nous n'avons rien de singulier en particulier, simplement des valeurs et aucun peuple n'est fondé sur des valeurs. Un peuple existe d'abord en tant que groupe humain et ensuite développe des valeurs", explique-t-il.

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