Le regard d'Élisabeth Lévy - Polanski, Ladj Ly et contradictions des féministes

Roman Polanski n'assistera pas à la cérémonie des Césars ce soir, suite aux pressions des associations de défense des droits des femmes. Mais c'est sans évoquer le passif judiciaire de Ladj Ly, adoubé de toute part par le monde du cinéma français. À quand un cinéma officiel régi par un comité d'éthique ?

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La cérémonie des Césars a lieu ce soir. Dans une drôle d’ambiance.

Et donc sans Roman Polanski, malgré les douze nominations de J’accuse.

Nicolas Bedos avait déclaré dans le Figaro, « il semble que la soirée se dirige davantage vers le forum politique, militant et sociétal que vers la fête du cinéma ». Le monde du cinéma français est effectivement en butte à diverses protestations qui ont déjà abouti à la démission de la direction des Césars.

Deux chefs d’inculpation : sexisme et racisme. Quand ils s’ennuient, les progressistes comptent les femmes, les noirs et les arabes. Et il n’y en a pas assez. Mathieu Kassovitz ou encore Sonia Rolland dénoncent « l’invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs » de couleur. Résumé prolongé par Corinne Masiero: Ce ne sont pas des bourgeois hétéros catholiques blancs de droite qui ont, seuls, le droit de dire ce qu’il faut récompenser en France.» Nicolas Bedos feint d’en avoir pris son parti. « Comme mâle blanc, j’ai bien compris que ma voix était totalement décrédibilisée. »

Méthodes maladroites, mais le problème est réel, non ?

D’abord, les choses changent et s’il faut encourager le mouvement, certainement pas comme ça.

Ensuite, va-t-on instaurer un cinéma officiel ? Accorder les financements publics en fonction du nombre de femmes et de représentants des minorités ethniques ? Enfin, est-ce que les injustices commises sous l’Ancien Régime justifient la terreur ?

Terreur, je charrie ?

Non. C’est une métaphore. Ou la répétition de l’histoire sous forme de farce dont parlait Marx.

Certes, pas de guillotine ni de goulag. Mais dès que les gens ont peur de dire publiquement ce qu’ils pensent, dès qu’on veut soumettre l’art à des critères idéologiques, règne la terreur.

En prime, le tribunal révolutionnaire était réuni hier pour décerner les Tocards 2020.

Bien sûr, ces derniers ne connaissent rien au dossier Polanski, constitué de relations illégales avec une mineure. Ladj Ly, lui, a été condamné en 2012 à deux ans de prison dont un avec sursis pour participation à une vendetta familiale. Mais rappeler cela (qui ne dit cependant rien de son œuvre), c’est manifester son appartenance à ce que Télérama appelle la France rance, votre servante.

Le deux poids deux mesures devrait suffire à discréditer leurs grands discours. Peu importe, ils ne parviendront pas à faire du cinéma un outil d’endoctrinement. À la fin, c’est le public qui décide. Et il se fiche de savoir si le « chef op » est un mâle blanc ou un trans’ venu d’Afrique.