Marie Cau : "À la campagne, ce qui est important, c’est le contact humain"

Marie Cau, la première maire trans de France, était l'invitée de "Bercoff dans tous ses états".

Marie Cau
Marie Cau, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Marie Cau, maire de Tilloy-lez-Marchiennes, a été élue en 2020 dès le premier tour avec 70% des votes.

 

Marie Cau : "Je comprends que des gens d’une autre époque, avec les croyances d’une autre époque, ne puissent pas comprendre"

Sa trans identité, a-t-elle pesé dans le choix des électeurs, à son avis ? "Les gens à la campagne sont assez pragmatiques. Ils votent pour un projet, ils votent pour des choses concrètes. Ils se soucient plus de l’entretien des routes et des écoles que de la trans identité. C’est un petit village de 540 habitants. J’ai fait du porte-à-porte, je suis allée serrer la main de toute le monde. Ça a quand même pris six mois pour aller voir tout le monde. À la campagne, ce qui est important, c’est le contact humain", a raconté Marie Cau.

Deux femmes du village ont dit à Marie Cau : "quelqu’un comme vous devrait rester caché". Comment a-t-elle pris cette remarque ? "Avec beaucoup de bienveillance. Je comprends que des gens d’une autre époque, avec les croyances d’une autre époque, ne puissent pas comprendre. Je pense que la tolérance doit aller dans les deux sens. J’essaie de faire un peu de pédagogie, un peu d’explication. Ces gens-là, il faut leur expliquer qu’on est des personnes normales, qu’on a une vie normale et qu’on peut se mettre au service de la population."

"Quand vous voyez que votre corps se transforme, ça vous fait peur"

Marie Cau a longuement évoqué son enfance. "Dès l’école maternelle, lorsque j’avais deux ans, je ne comprenais pas pourquoi on m’envoyait faire pipi avec les garçons. J’en ai pris conscience tardivement parce que le vocabulaire n’existait pas à l’époque. Quand vous voyez que vous n’êtes pas acceptée par les garçons et que de toute façon ça ne vous intéresse pas d’être avec eux, vous êtes un espèce de souffre-douleur. Vous ne voulez pas vous battre, et les filles non plus ne veulent pas de vous parce que vous êtes un garçon, vous restez à côté.

Quand j’étais petite, j’ai toujours eu ces cheveux blonds, ces yeux bleus, on m’appelait 'ma petite fille' dans la rue. J’avais envie de dire : 'comment ils savent ?'. Par contre, quand vous arrivez à l’adolescence et que les poils commencent à pousser, vous le vivez mal, comme une dégénération, comme une dégradation progressive. Votre corps change, et vous ne le voulez pas. Pour moi, ça a été une horreur. Quand vous voyez que votre corps se transforme et que ça vous fait peur. Me dire 'je ne veux pas être ça' me procurait une angoisse infinie."

"La première défense, c’est l’évitement"

Marie Cau a aussi raconté comment, en tant qu’enfant, elle se déguisait en fille. "Tout ce que je comprenais, c’est que ça me faisait plaisir. C’était un plaisir honteux. Mais je le vivais comme une récréation qui me faisait du bien, puis je passais à autre chose. Mes parents ne le savaient pas du tout. D’ailleurs, la première fois que je me suis déguisée, c’était devant tout le monde, avec l’innocence de l’enfance. J’avais deux ans. J’ai pris le rouge à lèvres de ma mère, je me suis maquillée. Mais mes sœurs se sont moquées de moi, et j’ai vite compris que j’avais passé une ligne rouge. À chaque fête de famille, on m’humiliait – sans méchanceté certes."

Alors, comment Marie Cau a-t-elle su gérer toutes ces pressions ? "La première des protections, c’est l’évitement et la solitude. J’étais une personne contemplative, introvertie. Au final, c’est facile pour moi de m’isoler. La première défense, c’est l’évitement. J’ai nourri ma vie intérieure par une curiosité intellectuelle, scientifique, je faisais beaucoup de choses."

 

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