Sur scène, il est debout, balance son corps d'avant en arrière, déclame ses mots et parfois crie: les poèmes se lisent à voix haute pour Victor Malzac, l'un des jeunes auteurs qui bousculent la poésie en France.
Ce soir de mars, les spectateurs de la Maison de la Poésie, à Paris, sont conquis. "C'est un véritable spectacle" qui "ressemble plus à une performance qu'à une lecture traditionnelle", se félicite Andrew, un trentenaire, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.
Lire des poèmes, en prose ou en vers, face au public attire de plus en plus d'auteurs, invités par des clubs, bibliothèques, librairies et festivals, comme Le Printemps des poètes, dont la 28e édition se termine fin mars.
"Tant que je suis vivant, je peux dire mes textes avec mon corps. Je ne suis pas un acteur mais je bouge sur scène, je crie quand le texte le nécessite. J'utilise mon organe comme je peux", témoigne Victor Malzac.
L'auteur de 28 ans, cheveux mi-long et barbichette, explique à l'AFP penser ses textes afin qu'ils "incitent le lecteur à les lire à voix haute".
L'écrivain et poète Victor Malzac à Paris, le 3 mars 2026
Joel Saget - AFP
"Lorsque j'en ai écrit un, je me lève et je le répète. Je le déclame, je le mets en voix pour voir si ça marche. Et si ça ne marche pas, je recommence".
Cet agrégé de lettres ayant découvert la littérature à 18 ans a déjà publié six recueils et romans depuis 2020.
Il a pris le risque de sortir les deux derniers simultanément en début d'année: le recueil "Lessive" (Le Castor Astral) et le roman "Le Monstre mur" (Les Corps conducteurs), accueillis par des critiques parfois dithyrambiques. Le Monde des livres a ainsi qualifié Victor Malzac d'"enfant sauvage de la littérature" qui "porte l'élan de toute une génération".
- "Distordre" la langue -
Le poète revendique le droit de "distordre" la langue avec une écriture sans rimes et "horizontale", faite de phrases sans point dans "Lessive".
L'écrivain et poète Victor Malzac à Paris, le 3 mars 2026
JOEL SAGET - AFP
"L'avantage de la poésie, c'est qu'elle est libre. Et c'est pour cela qu'elle revient", soutient-il. Car les jeunes "n'ont pas envie de livres trop longs mais de livres intenses, qui parlent de vraies choses. Et je pense que la poésie, c'est émotionnellement fort". Comme l'a également démontré ces dernières années leur engouement pour le slam, le rap, et le stand-up.
Souvent accompagné d'un musicien d'électro dans ses lectures en public, Victor Malzac accorde une grande place à la musique, qui lui "donne de l'énergie pour écrire". "J'écoute beaucoup Björk, Aphex Twin et Crystal Castles. De la techno aussi".
Outre Paris, il a scandé ses textes à Clermont-Ferrand, Montpellier ou Marseille dans le cadre du Printemps des poètes, un événement qui met également à l'honneur de nombreuses jeunes poétesses. A l'instar de la Marocaine Rim Battal, pour laquelle la lecture publique permet de "réconcilier les personnes fâchées avec la poésie", souvent associée à "une image poussiéreuse".
L'écrivain et poète Victor Malzac à Paris, le 3 mars 2026
Joel Saget - AFP
Les réseaux sociaux sont une autre façon de partager la poésie. Comme beaucoup d'autres, c'est en y postant ses textes que s'est fait connaître la poétesse Valentine Headway, qui raconte en vers libres son quotidien de femme de ménage à Metz et vient de publier son premier ouvrage.
"Je suis femme de ménage / pas femme sans mémoire / pas femme sans voix / je suis les histoires que je n'ai pas encore dites / les poèmes que je retiens / comme je retiens ma colère / quand vous oubliez que je suis humaine", écrit-elle dans "Je nettoie vos sols et ramasse vos silences", son recueil paru aux éditions Le Soir venu.
Par Jérôme RIVET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP