Sky News a évoqué l'« anarchie », El Mundo des scènes de « guérilla urbaine ». Au lendemain des violences et des dégradations du 17 octobre, la crainte d'un effet sur la fréquentation touristique de la capitale grandit. Guide-conférencière pour La Compagnie des Guides, qui organise des visites privées de musées et de quartiers de Paris, Noha Escartin l'a constaté dès le lendemain, au micro de Sud Radio : « C'était d'une grande tristesse et les conséquences sont énormes sur l'activité. On n'a jamais connu ça depuis le Covid. On est en train de voir le même schéma se reproduire », explique-t-elle.
« Les touristes revoient leurs plans »
« Les annulations pleuvent. Ça a commencé. Évidemment pas samedi puisque ça venait de tomber » mais elle annonce que « les touristes revoient leurs plans. Certains doivent annuler leurs hôtels, leurs avions ou essayer de reporter à une date ultérieure ». Elle a elle-même passé sa soirée de dimanche à répondre à des messages d’annulation : « Je comprends, on va reporter. Mais moi, mes factures à la fin du mois ne seront pas reportées. »
Et pour la guide, les conséquences iraient bien au-delà de sa profession. « On oublie un peu que près de 10 % de l'Île-de-France travaille dans le tourisme de manière directe. Il n'y a pas que les guides conférenciers, les restaurateurs et le personnel de musée. Mais qu'en est-il des prestataires informatiques, des blanchisseries, des magasins de souvenirs, des nettoyages, des livreurs, des transporteurs alimentaires ? Il y a 10 % qui va en prendre un sacré coup. »
🔴"J'ai passé ma soirée à répondre à des messages d'annulation, mais mes factures, elles, ne se reportent pas" #PetitMatin 🗣️ Après les violences survenues le #17Octobre, les professionnels du tourisme parisien inquiets 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/QrDq9cj2wg
— Sud Radio (@SudRadio) October 20, 2026
« Les malheureux touristes sont pris en otage »
La fermeture du Louvre durant la matinée de dimanche, bloqué par des étudiants de l'école du Louvre, a réaffirmé son inquiétude. Elle qui s'y rend presque quotidiennement, dit avoir déjà renoncé aux visites du matin : « Tous les quatre matins, il y a une assemblée générale, un mouvement social, et les malheureux touristes sont pris en otage. Ils ont acheté leur billet, ils ont réservé. On leur dit que ce n'est pas possible de visiter. »
« Hier, c'était vraiment le pire », selon elle. « Voir les étudiants de l'école du Louvre, qui ne sont quand même pas des personnes issues de quartiers difficiles, bloquer les accès du musée. Les touristes ne comprenaient pas. Certains ont même été violents dans leurs propos face à ces étudiants. »
Samedi prochain, « on va rester chez soi ! »
Et le mouvement pourrait être amené à durer. Un nouvel appel à la mobilisation est lancé pour samedi prochain et dans la profession, l'appréhension domine. « On va rester chez soi, fermer les portes et les fenêtres, essayer de partir chez des amis ou de la famille en province, là où c'est plus calme. Et tant pis, on ne travaillera pas », confie la guide. Elle précise néanmoins que la profession n'est pas unanime puisque certains collègues « vont se joindre aux manifestations ».
Résultat, « à force d'avoir tué toutes les industries, on en arrive à la dernière, le tourisme », explique Noha Escartin. « Il nous reste un petit peu l'armement et le tourisme. On est en train de détruire le tourisme peu à peu, et puis le reste viendra certainement ».
Serge Papin, ministre du Tourisme : « Pour l'instant, ça va plutôt bien »
Si son témoignage a de quoi inquiéter, le ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat, Serge Papin, s’est voulu rassurant quelques heures plus tard sur Sud Radio. Redoute-t-il un impact négatif sur les chiffres du tourisme ? « Actuellement, ce n'est pas le cas », répond-il. Il met en avant les concerts de Céline Dion, qui « ont fait venir 700 000 personnes sur Paris, dont 300 000 étrangers » et estime que « Pour l'instant, ça va plutôt bien. »
Le ministre reconnaît toutefois un problème d'image : « Les images à l'étranger sont assez brutales. » Le gouvernement compte y répondre par des campagnes d'Atout France, « le bras armé du ministère pour l'image de la France à l'étranger ». Serge Papin affirme ainsi avoir « confiance si on tourne la page très vite ».