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Une “revenante” de l’État Islamique condamnée à 5 ans

La cour d’assises spéciale de Paris a condamné une Française de 34 ans à cinq ans de prison, dont une partie avec sursis, pour avoir rejoint en Syrie son mari jihadiste entre 2014 et 2016. Déjà rapatriée en 2023, elle n’effectuera pas de nouvelle incarcération immédiate grâce au temps déjà passé en détention.

LOIC VENANCE - AFP/Archives

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné jeudi une "revenante" du groupe Etat islamique à cinq ans de prison, dont 18 mois avec sursis, pour être partie en Syrie rejoindre son mari, combattant jihadiste, entre 2014 et 2016.

Emilie K. ne retournera pas en prison: elle a passé 26 mois en détention provisoire dont une année sous bracelet électronique, et effectuera donc les 15 mois de prison ferme restant de nouveau sous bracelet, a précisé la présidente à la lecture du verdict.

La décision de la cour est proche des réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat), qui avait demandé jeudi cinq ans de prison dont un an avec sursis à son encontre, et avait demandé que le reliquat de prison ferme soit effectué sous bracelet électronique, soulignant le "parcours sans accroc" d'Emilie K. depuis son rapatriement en France en 2023.

En Syrie, Emilie K. n'a "pas eu d'activités armées" ni "diffusé l'idéologie du groupe jihadiste", a souligné une de ses avocates, Me Marine Boulard.

Au printemps 2014, la jeune femme désormais âgée de 34 ans avait rejoint son mari radicalisé avec qui elle entretenait "une relation d'emprise et de dépendance", a insisté l'avocate dans sa plaidoirie.

Mohammed Tahar Tamime, qu'elle avait épousé religieusement en 2013, était parti quelques semaines avant elle, sans lui faire part de son projet.

Profondément angoissée à l'idée que son amour de jeunesse ne l'abandonne, Emilie K. avait "toléré l'intolérable" en se rendant et en restant en Syrie, mais "n'a pas adhéré" à "l'idéologie mortifère" de l'EI, a plaidé son autre avocat, Me Michaël Bendavid.

A son départ en Syrie, l'accusée avait un "ancrage idéologique superficiel voire opportuniste", a relevé l'avocate générale dans son réquisitoire, notant "une absence de radicalité" à son arrivée en détention en 2023.

Un retour en prison "la démobiliserait pour l'avenir" alors qu'elle travaille depuis sa sortie de détention en 2024, et que malgré "ses fragilités, elle a mis en place un suivi" psychologique "qu'elle devra poursuivre", a ajouté le ministère public.

- Jeunesse "ordinaire" -

"Depuis quatre jours, Emilie me déconcerte: on aurait tous pu la connaître, c'est une copine de classe, une cousine", a poursuivi l'avocate générale, rappelant l'enfance et l'adolescence "ordinaire" de l'accusée, "ni idyllique, ni chaotique".

Elevée par une mère seule, Emilie K. sortait avec ses amies et pratiquait le foot, sa grande passion.

"Mais elle a indéniablement rejoint le groupe terroriste le plus barbare de la décennie", a ajouté la représentante du ministère public, et était partie "car elle ne supportait pas la séparation" avec son époux.

L'accusation avait également souligné qu'Emilie K., qui n'est pas parvenue à avoir d'enfant, "n'a pas eu de rôle spécifique sur zone", à part celui d'épouse de combattant.

Dès l'annonce du décès de son mari dans des combats à l'été 2016, elle avait pris la décision de quitter la zone contrôlée par le groupe EI.

S'en était suivie une fuite cauchemardesque à travers la Syrie: partie avec une autre femme, Emilie K. est violée par un passeur, et les deux femmes sont séquestrées pendant quatre ans par un chef de l'Armée syrienne libre, groupe rebelle qui combattait le régime déchu de Bachar el-Assad.

Elle avait été rapatriée en France en 2023 depuis la Turquie où elle vivait, après avoir refusé de rentrer en 2020 à la suite de sa condamnation par défaut à 20 ans de réclusion, craignant de devoir effectuer cette peine.

Par Margaux BERGEY / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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