Issu de plus de deux ans d'enquête et de 160 entretiens, l'ouvrage Le Crépuscule des princes des journalistes Jérémy Marot et Pauline Théveniaud dévoile les coulisses et les rivalités au sommet du pouvoir. Alors que le second mandat d'Emmanuel Macron s'approche de son terme, ses anciens Premier ministres et lieutenants se disputent sa succession tout en refusant d'assumer son bilan politique.
Un trône convoité, un bilan jugé « radioactif »
Dans les couloirs de l'Élysée et des ministères, l'atmosphère de cette fin de mandat prend les traits d'une fin de règne crépusculaire. Fruit de deux années de travail et de plus de 160 entretiens avec les acteurs de la vie politique française, l'ouvrage Le Crépuscule des princes : ces dauphins veulent le trône, mais pas son héritage, écrit par Jérémy Marot et Pauline Théveniaud publié aux Éditions du Rocher, dresse un portrait sans concession du pouvoir central.
Le livre met en lumière un paradoxe frappant : la bataille pour la présidentielle de 2027 est déjà largement ouverte dans le bloc central, mais aucun des prétendants ne souhaite porter le bilan du chef de l'État. En raison de la baisse de popularité du président au fil de son second quinquennat, ce dernier est désormais perçu par une partie de ses propres alliés comme politiquement « radioactif ».
Édouard Philippe, Gabriel Attal et la « guerre des boutons »
L'exercice du pouvoir sous la présidence d'Emmanuel Macron a laissé place à de vifs règlements de comptes et à des jalousies tenaces entre ses anciens chefs de gouvernement. Tandis qu'Édouard Philippe plaide pour un rééquilibrage de l'article 20 de la Constitution au profit du Premier ministre, Gabriel Attal a pris les devants en s'emparant de la présidence du groupe parlementaire et du parti Renaissance. Cette prise de contrôle de l'appareil de la Macronie lui permet notamment de disposer des 25 millions d'euros présents dans les caisses du parti pour financer les échéances futures.
Entre le chef de l'État et Gabriel Attal, l'entente n'a duré que quelques semaines à Matignon, donnant lieu à une séquence qualifiée par les auteurs de « guerre des boutons ». L'épisode est illustré par leurs passages successifs au Salon de l'agriculture, où Gabriel Attal s'est empressé de souligner avec malice le dérangement occasionné lors de sa propre visite pour mieux faire ressortir les tensions suscitées par la venue présidentielle quelques jours plus tôt.
Décomposition politique et syndrome du « trop-plein »
L'onde de choc créée par la dissolution de l'Assemblée nationale a accentué les ressentiments et le désordre au sein même du camp présidentiel, laissant de nombreux parlementaires et cadres frustrés ou désabusés. Cette recomposition — voire décomposition — s'étend à l'ensemble des formations politiques, où le rétrécissement des partis traditionnels s'accompagne d'une multiplication des ambitions personnelles.
Cette saturation d'aspirations présidentielles rappelle l'avertissement lancé par le général de Gaulle en mai 1962 : ce n'était pas le vide politique qu'il disait redouter après son départ, mais bien le « trop-plein ». Alors qu'Emmanuel Macron achèvera son second mandat en mai 2027 à l'âge de 49 ans, le paysage politique français se trouve plus que jamais confronté à ce trop-plein de dauphins en embuscade.