« Il y a eu au lendemain des Jeux une trahison politique, médiatique, économique de la société dans son ensemble »
Michaël Jérémiasz, dans votre ouvrage « De la révolution à l'oubli : après la flamme, la promesse trahie », qui vient de paraître aux Editions Leduc, vous poussez un vértitable coup de gueule ?
Oui, on a travaillé pendant près de 10 ans à l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques avec cet espoir qui était un espoir pas naïf, un vrai espoir concret, de pouvoir accélérer la transformation de la société pour une société où les personnes handicapées deviennent enfin des citoyens de plein droit. Mais force est de constater qu'il y a eu au lendemain des Jeux une trahison politique, médiatique, économique de la société dans son ensemble. On est revenu à un sujet périphérique. Les Municipales sont passées par là, ça a été un non-sujet, on n'a pas existé dans aucun programme, aucune proposition concrète, aucun engagement vraiment qui avait du sens.
« A nous citoyens, associations et militants d'être plus durs, de demander des comptes et des engagements fermes ! »
Nous n'espérez pas un changement avec la Présidentielle ?
Les candidats se déclarent, la campagne a commencé mais à date, on n'en a toujours pas parlé et j'ai bien peur qu'on n'en parle pas. Donc notre rôle à nous, citoyens, associations, militants, ça va être d'être plus durs, de taper plus dur. Pas juste d'interpeller, pas juste d'attendre, pas juste de quémander, mais de demander des comptes, des engagements fermes et puis ensuite de prendre nos responsabilités parce qu'il n'y a pas de chance que ça se passe. Je ne crois pas à l'homme ou la femme providentielle dans cette élection présidentielle.
« On ne parle pas d'un pays du tiers monde, on parle de la France en 2026. Donc aujourd'hui, ce n'est plus acceptable ! »
Selon vous, rien n'est donc fait pour mieux prendre en compte le handicap en France, partout, tout le temps, tous les jours ?
Depuis la loi de 1975, depuis la loi de 2005, depuis la nuit des temps, on nous dit que globalement on a envie de faire un peu mieux pour nous. Mais en attendant, vous avez des millions de gens qui passent à côté de leur vie. Vous avez des gens qui vivent dans des situations de grande précarité, des gens qui meurent à petit feu aujourd'hui parce qu'handicapés. Et on ne parle pas d'un pays du tiers monde ! On parle de la France en 2026. Donc aujourd'hui, ce n'est plus acceptable, ce n'est plus entendable. On a un vrai enjeu, nous, de fédérer et de taper plus fort. Personne en situation de handicap ne l'accepte car on le subit.
Vous en avez appelé à une révolution : vous poussez donc les personnes en situation de handicap à descendre dans la rue ?
Je crois historiquement qu'aucune minorité n'a réussi à obtenir ses droits sans faire sa révolution. Ça n'est jamais arrivé. On peut le regarder sur n'importe quelle minorité, ça ne s'est jamais fait du jour au lendemain en se disant : ''oui, ils nous ont envoyé un courrier, ils ont signé une pétition, ils ont signé une charte, on a eu un rendez-vous très constructif''. Non, ça n'arrive jamais comme ça. Donc oui, j'appelle à la révolution, à la désobéissance civile, aux blocages, aux protestations, aux manifestations, aux interruptions de séances, à l'Assemblée ou ailleurs. C'est-à-dire qu'en fait, c'est de ne plus laisser le choix.
« Que fait chaque citoyen pour s'assurer que les personnes handicapées aient accès à la citoyenneté pleine et entière ? »
Comment se traduit au quotidien ce désengagement et cette « trahison » de la nation vis à vis des personnes handicapées ?
Qu'est-ce que fait aujourd'hui la société, et pas que l'État d'ailleurs ? Que fait chaque citoyen dans son entreprise, dans son foyer, dans son quartier, dans sa salle de sport, pour s'assurer que son prochain, et là en l'occurrence, les personnes handicapées, aient accès à la citoyenneté pleine et entière ? Qu'est-ce qu'on fait dans une école quand un papa veut venir voir le spectacle de sa petite fille de 5 ans, qu'il est en fauteuil roulant, qu'on lui dit : ''ben non, mais monsieur, en fait, là c'est compliqué'', alors qu'il suffit juste de mettre une petite rampe à cet endroit-là ? Qu'est-ce qu'on fait à tous ces parents qui sont angoissés de l'avenir de leurs enfants qui ont des handicaps mentaux, qui sont en institution, et qu'aujourd'hui, on n'a aucune solution concrète pour eux pour les accompagner, pour les autonomiser ? Je peux vous donner un milliard d'exemples au quotidien de personnes qu'on sacrifie tous les jours, qui vivent des vies atroces, et insupportables, des vies qui, vous, si vous les viviez, vous paraîtraient insupportables.