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L'IA, la data et le numérique au chevet de la planète

L’intelligence artificielle est déjà dans notre quotidien mais peut-elle aussi aider la planète ? Grâce à la data, on peut en effet optimiser les transports, l’énergie, l’agriculture… Mais jusqu’où peut-on aller ? ''Le Printemps de la Planète'' organisé par Sud Radio s'est penché sur la question.

Tech Vert Evolution

Lors de cette table ronde axée sur l'apport du numérique dans le processus de transition écologique, animée par Vanessa Perez dans le cadre du ''Printemps de la Planète'' organisé par Sud Radio, cinq experts de haut niveau ont décrypté les relations complexes entre innovations technologiques et transition écologique : François De Rugy (Avolta, ex-ministre de l'Écologie), Caroline Vateau (Capgemini Invent), Jean-Benoît Besset (Orange), Théophile Bellouard (AXA Climate) et Julien Oet (Boulanger).

Loin des slogans simplistes, les débats ont mis en lumière une réalité nuancée où l’intelligence artificielle (IA) et la donnée ne sont pas seulement des consommatrices de ressources, mais des outils indispensables à la résilience climatique.

Sortir de la « paresse intellectuelle »

Le premier défi posé par les intervenants est celui de la mesure et de la perception. François De Rugy fustige une certaine « paresse intellectuelle » qui consisterait à dire simplement que « le numérique pollue ». Il rappelle que « toute activité humaine a un impact écologique », comparant même cela à la respiration humaine qui émet du CO2. L'enjeu n'est donc pas l'existence de l'impact, mais sa gestion.

De son côté, Jean-Benoît Besset a souligné une disparité géographique majeure : si le numérique représente environ 30 millions de tonnes de CO2 en France (sur un total national de 500 millions), une grande partie de cet impact provient des data centers situés à l'étranger. En France, grâce à un mix énergétique décarboné à 95 % (nucléaire et renouvelables), l'empreinte de l'usage est drastiquement réduite par rapport aux États-Unis ou à l'Allemagne.

L'enjeu de la « double matérialité »

Un autre enjeu crucial est celui de la « double matérialité », concept exposé par Théophile Bellouard : « Il y a comment est-ce que le numérique impacte l’environnement... mais il y a aussi comment est-ce que la planète impacte potentiellement le numérique ». Cette vulnérabilité des infrastructures aux risques climatiques physiques impose une stratégie d'adaptation immédiate.

Bien et mieux utiliser l'IA

Face à ces enjeux, les experts s'accordent sur le fait que l'IA ne doit pas être une solution systématique, mais une solution « légitime » selon l'usage.

  • Standardisation et mesure : Caroline Vateau insiste sur la nécessité de méthodes de calcul partagées pour « s'assurer qu'on compare un fournisseur A avec un fournisseur B sur les mêmes règles ». Elle annonce notamment l'émergence de standards pour mesurer l'impact spécifique des projets d'IA.
  • La sobriété par le bon outil : Jean-Benoît Besset met en garde contre l'usage disproportionné de la technologie : « C’est même pire que ça... un marteau-pilon n’a jamais écrasé une mouche ». Pour Orange, l'enjeu est de choisir le modèle (IA générative vs calcul classique sur Excel) le plus sobre pour le résultat attendu.
  • Simplification administrative : François De Rugy propose d'utiliser l'IA pour traiter la complexité des normes, par exemple dans l'instruction des permis de construire, afin de gagner en efficacité et en transparence tout en révélant les « monstres de complexité » de nos réglementations.

Du réseau mobile au cargo à voile

Les intervenants ont partagé des cas concrets où la technologie transforme déjà l'essai de la transition :

  • Optimisation des infrastructures : Orange déploie le « Green Wifi », un logiciel qui éteint les bandes de fréquences inutilisées des box la nuit. « Si vous passez de 10 W à 7 W tout le temps... sur 11 millions de box, ça finit par faire pas mal ». Dans les réseaux mobiles, chaque nouvelle génération d'équipement permet de gagner 10 à 20 % de consommation d'énergie.
  • Résilience territoriale : AXA Climate, via son logiciel Altitude, a analysé 350 000 sites physiques pour aider les entreprises à décider de leurs investissements. Par exemple, l'usage de données numériques a permis d'imposer des technologies en circuit fermé consommant 80 % d'eau en moins pour une usine en zone de sécheresse.
  • Économie circulaire et réparation : Boulanger utilise une « intelligence conversationnelle » pour aider les clients à réaliser des autodiagnostics de pannes. « Un cas sur deux... la panne c’est quelque chose de très basique qui peut être réglé soi-même », évitant ainsi le déplacement d'un technicien et l'achat d'un produit neuf. Julien Oet souligne également le succès du programme « Infinity », un abonnement à la réparation pour prolonger « infiniment » la durée de vie des appareils.
  • Transport décarboné : François De Rugy cite l'exemple de Neoline, qui développe des cargos à voile dont l'efficacité repose non pas sur la toile, mais sur des supercalculateurs météo capables de définir la route la plus sobre en énergie.

Effet rebond et peurs technologiques

La table ronde n'a pas occulté quelques contradictions entre les différents interlocuteurs :

  • Le paradoxe de Jevons (effet rebond) : Une question du public a soulevé le risque que les gains de productivité de l'IA n'entraînent une explosion de la consommation globale. Jean-Benoît Besset reconnaît que ce risque est « vertigineux ». Julien Oet nuance en affirmant que l'IA est précisément ce qui permet de gérer la complexité des modèles circulaires, seuls capables de réduire les volumes de produits neufs mis sur le marché.
  • L'opposition aux infrastructures : François De Rugy s'inquiète de la « peur par avance » qui bloque l'installation de data centers en France, parfois basée sur des informations erronées concernant les ondes ou la consommation d'eau. Il rappelle que l'eau utilisée pour le refroidissement ne « disparaît » pas du cycle naturel.
  • Le scepticisme médiatique : Plusieurs intervenants déplorent le traitement médiatique partisan ou peu rigoureux de l'IA, citant notamment des critiques comme celles de Jean-Marc Jancovici qui verrait l'IA comme un outil « superflu » a priori.

Un « clafoutis » de responsabilités

En guise de conclusion, Jean-Benoît Besset a utilisé une métaphore culinaire pour illustrer l'évolution de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : autrefois « cerise sur le gâteau » (un ajout esthétique à la fin), elle est devenue un « clafoutis » où les enjeux environnementaux sont intégrés à l'intérieur même du business model.

La transition ne sera pas un combat contre la technologie, ni une victoire de la technologie seule. Comme le résume Vanessa Perez, elle dépendra de la façon dont nous choisissons « collectivement de l'orienter ». L'avenir réside dans la collaboration massive entre fournisseurs et clients pour décarboner l'ensemble de la chaîne de valeur, car « on ne réussira pas seul ». D'ici deux ans, les experts espèrent que le débat aura dépassé les postures pour se concentrer sur l'optimisation réelle de la production et de la consommation d'énergie.

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