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Les vérités de Charles Alloncle : "Les nuits à 1 700 euros chez France TV, c'est terminé"

Par La rédaction

ENTRETIEN EXCLUSIF SUD RADIO - Le rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public était présent ce matin au micro de Sud Radio. Alors que le rapport de 500 pages, rendu hier, est depuis ce matin et jusqu'à lundi en consultation par les députés, rien ne garantit sa publication. Charles Alloncle a donc bénéficié de cette heure sur Sud Radio pour clarifier la situation.

Le rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public était présent ce matin au micro de Sud Radio. Alors que le rapport de 500 pages, rendu hier, est depuis ce matin et jusqu'à lundi en consultation par les députés, rien ne garantit sa publication. Charles Alloncle a donc bénéficié de cette heure sur Sud Radio pour clarifier la situation.
Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public était présent ce matin au micro de Sud Radio.

La sentence tombera lundi. Le rapport de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, réalisé par Charles Alloncle, se verra soit adopté, soit rejeté. La question se pose parce que depuis 6 mois, les critiques font rage : « tribunal politique », « inquisition » ou encore « cirque », voici, entre autres, ce qui a été entendu.

Pendant trois jours, les députés de la commission d'enquête vont pouvoir consulter le rapport dans un local contrôlé et sans téléphone. À l'issue de cette lecture, ils voteront à main levée. A quelques heures du verdict, Charles Alloncle, le rapporteur de cette commission d'enquête, était donc l'invité exceptionnel de Sud Radio, au micro de Valérie Expert.

"Ce serait un vrai scandale démocratique que le vote soit défavorable"

Ce rapport va-t-il être publié, Charles Alloncle ?

"Je suis davantage confiant que je ne pouvais l'être il y a quelques semaines, notamment suite aux critiques quand même assez fortes du président Jérémie Patrier-Leitus. J'ai eu du mal à comprendre parce que pendant plusieurs jours, ces dernières semaines, il faisait la tournée des médias pour expliquer que j'étais favorable à la privatisation (ndlr : du service public de l'audiovisuel). Alors que depuis le premier jour, (…) toute ma thèse et tout mon objectif, ça a été de dire : il faut faire une commission d'enquête pour la première fois de l'histoire de l'Assemblée, pour mettre fin, une bonne fois pour toutes, à nombre de dérives, de pratiques, de conflits d'intérêts, de dépenses somptuaires, pour sauver ces missions de l'audiovisuel public"

Qu'est-ce qui va changer si ce rapport est publié ?

"On a pu voir qu'il y avait un certain nombre de lignes (...) en train de bouger depuis le début de cette commission d'enquête. On a France Télévisions qui a annoncé, à l'avenir, faire preuve de davantage de transparence sur les salaires, notamment ceux des dirigeants. Puisqu'il y a une trentaine de dirigeants mieux payés que le Président de la République. On a pu voir que chez France Télévisions, le salaire moyen était de 72 000 euros par an, ce qui les place parmi les 9 % des Français les mieux rémunérés. Donc, il y a tout un enjeu de transparence, et France Télévisions commence à s'engager pour plus de transparence. Première victoire"

"La deuxième victoire, c'est sur des dépenses somptuaires, notamment les dépenses du Festival de Cannes, (…) les suites à 1 700-1 800 euros la nuit, dans des palaces, pour des dizaines de dirigeants de France Télévisions qui ont été dépensées depuis des années : c'est terminé. (…) Sébastien Lecornu, le nouveau Premier ministre, en pleine commission d'enquête, a demandé des efforts supplémentaires à France Télévisions. (…)"

"Quelles que soient les critiques, le fait de lever le capot, pour la première fois de l'histoire de l'Assemblée, sur l'utilisation des 4 milliards d'euros d'argent des Français, produit des effets. Donc, même si les attaques sont rudes, à la fin, ce qu'on fait, c'est pour retrouver de l'efficacité dans les dépenses publiques"

"Je suis confiant sur l'issue de ce vote"

Y aura-t-il une obligation de suivre les recommandations citées ?

"Le rapport n'a pas force d'injonction. Ce ne sont pas des obligations légales qui seront imposées aux dirigeants de l'audiovisuel public. En revanche, le fait que les Français, pour une partie d'entre eux, s'intéressent à ces auditions et soient témoins d'un certain nombre de révélations, je pense que ça a une utilité. C'est aussi celle de responsabiliser les dirigeants publics, Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions ou Sibyle Veil à la tête de Radio France. Donc, quelque chose me dit que dans ce rapport, s'il est publié, les dirigeants de l'audiovisuel public se saisiront d'un certain nombre de recommandations parce qu'encore une fois, il est minuit moins le quart pour l'audiovisuel public"

"Quand vous voyez que France Télévisions a cumulé 80 millions d'euros de déficit entre 2007 et 2024, (…) on n'a plus le choix de faire des économies. Je pense que dans un an, si les réformes proposées dans le cadre du rapport ne sont pas mises en place, la situation sera plus que critique"

S'il n'est, en revanche, pas publié, que se passe-t-il ?

"Alors tout disparaît. Ce n'est pas simplement le rapport qui ne peut pas être publié, c'est aussi l'intégralité des travaux, donc les 6 mois d'audition, toutes les vidéos, tous les comptes rendus qui doivent disparaître du jour au lendemain du site de l'Assemblée. Si vous vous faites le relais de certaines vidéos ou de certaines révélations de la commission d'enquête, vous êtes même passible de poursuites pénales et de peines de prison"

"Donc on voit que le cadre est quand même très restrictif ; ça n'est arrivé qu'une seule fois dans l'histoire de l'Assemblée. (…) Bon, à l'heure où je vous parle, je suis quand même davantage confiant sur l'issue de ce vote, mais ce serait, on peut le dire, un vrai scandale démocratique que le vote soit défavorable. Parce que ce n'est pas simplement l'issue du rapport, c'est aussi un vrai gâchis sur ces heures d'audition et ces heures de travaux"

Porter plainte contre Nagui ? "si je dis oui ou non, ça fera des dizaines d'articles sur ce fait anecdotique"

Vous avez été l'objet de nombreuses attaques, notamment de la part de Nagui. Avez-vous porté plainte comme vous l'aviez annoncé ?

"Il y a eu un certain nombre de personnes dont Nagui qui sont allées répandre dans les médias qu'ils avaient une grande révélation à faire sur moi. En fait, je ne m'appellerais pas sur ma carte d'identité et mon passeport Charles, mais Charles-Henri. Visiblement ce sont de bons enquêteurs parce que oui, je le confirme : sur ma carte d'identité et mon passeport, il n'est pas écrit Charles Alloncle mais Charles-Henri Alloncle. Donc voilà, ça leur donne un point. Je ne sais pas ce que tout ça a permis de prouver pour eux, je ne sais pas ce que cet argument permet de disqualifier dans les révélations qui ont été faites et dans le travail rigoureux mené depuis 6 mois"

"Au-delà de ça, (…) j'ai compris que ces attaques étaient faites pour détourner le regard de l'opinion publique et détourner aussi l'attention médiatique des sujets les plus essentiels de cette commission. J'ai pu voir que sur le plateau de Quotidien de Yann Barthès, Nagui avait attaqué mon père, de façon d'ailleurs diffamatoire, où il expliquait qu'il avait soutenu ou travaillé pour Charles Pasqua et qu'il avait fait passer des lois contre les Algériens. (…) Tout ça est parfaitement faux, mais quand vous venez expliquer un mensonge pareil devant deux millions de téléspectateurs, à un moment aussi critique, dans les dernières semaines d'une commission d'enquête, je vous avoue que vous en gardez une certaine amertume." Allez-vous porter plainte ? "Honnêtement, je sais que si je dis oui, si je dis non, ça fera des dizaines d'articles où on ne se concentrera que sur ce détail, que sur ce fait anecdotique"

Votre président Jérémie Patrier-Leitus vous a beaucoup critiqué. Comment réagissez-vous ?

"Il faut voir d'où viennent ces critiques. Le président macroniste de la commission d'enquête a été jusqu'à très récemment, en 2024, administrateur de Radio France, administrateur de LCP. Il est actuellement administrateur de France Médias Monde, c'est-à-dire RFI et France 24. Donc ce sont des chaînes, des entreprises qui sont l'objet de cette commission d'enquête. (...) Il a été élu de façon démocratique par les députés membres de la commission ; je ne lui enlève pas ses compétences, mais il faut aussi toujours voir d'où les gens parlent."

"Les députés de gauche et macronistes n'arrivent même pas à voir que la privatisation est déjà en cours"

Si vous deviez tirer une leçon de tout ce travail, quelle serait-elle ?

"Je dirais que la priorité, c'est de mettre fin à des conflits d'intérêts, de mettre fin à une captation d'intérêts et de marchés publics par quelques-uns, notamment des dirigeants de sociétés de production. Par exemple le cas de Bernard-Henri Lévy. Il est président du conseil de surveillance d'Arte depuis 32 ans et la limite d'âge a été repoussée à deux reprises pour qu'il continue.J'ai révélé dans le cadre de la commission d'enquête que Bernard-Henri Lévy avait vendu à Arte 750 000 euros de contrats entre 2011 et 2022 ; vous avez donc un président qui vend à sa propre chaîne pour 750 000 euros sur dix ans. (…)"

"J'ai également parlé de Nathalie Darrigrand, ancienne directrice exécutive de France 5, qui signe des contrats importants pour une société de production : Together. Elle se fait licencier de France Télévisions, elle perçoit près de 400 000 euros d'indemnités de licenciement pour se retrouver quelques mois après à la tête de ces mêmes émissions dans cette société privée pour laquelle elle avait signé des contrats"

Avez-vous subi des pressions depuis le début de ce rapport ?

"Ah oui, je ne vous cache pas qu'en 6 mois, les pressions ont été nombreuses — politiques et de toutes sortes. Ces pressions ont été croissantes à mesure que je m'intéressais aux sociétés de production. Je n'ai quasiment pas eu de pression quand on a fait le premier chapitre sur la neutralité, les entorses éditoriales, le manque de pluralisme. Là il n'y a pas eu vraiment de pression, à part l'audition de Patrick Cohen et Thomas Legrand qui a été un peu houleuse, mais ce n'était rien par rapport à ce dernier chapitre de la commission d'enquête que j'ai ouvert sur les sociétés de production. Sur ce fameux milliard d'euros annuels attribués chaque année à des sociétés de production dans un phénomène d'hyperconcentration"

"Je tiens à le dire : les mêmes députés de gauche et macronistes qui s'émeuvent d'un risque de privatisation n'arrivent même pas à voir que la privatisation est déjà en cours dans le service public de l'audiovisuel. Quand vous externalisez pour un milliard d'euros par an à des sociétés privées qui produisent des contenus pour le service public, c'est déjà une forme de privatisation. (…)"

"Sur 9 000 salariés, il n'y en a que 5, chez France Télévisions, chargés de la lutte contre la fraude"

Est-il possible de mettre un terme aux dérives ?

"Sur 9 000 salariés, il n'y en a que 5, chez France Télévisions, chargés de la lutte contre la fraude et de l'audit interne, pour une entreprise qui a un budget de plus de 3 milliards d'euros par an, en plus de l'argent public. (…) Je ne comprends pas pourquoi une équipe d'audit interne est autant sous-dotée chez France Télévisions alors que les montants sont considérables, alors qu'il y a des suspicions très importantes sur une mauvaise utilisation de l'argent public ; à l'évidence, il faudra renforcer et mieux doter une équipe comme celle-ci"

"Par ailleurs, il y a des comités d'éthique, mais qui ne s'intéressent qu'à la ligne éditoriale. Ils sont chargés de vérifier si les principes de pluralisme, de neutralité et d'honnêteté de l'information sont parfaitement respectés. On a pu le voir dans la commission d'enquête : celui de Radio France fonctionne plutôt bien, il faut le dire. Celui de France Télévisions est, en revanche, totalement défaillant. Sur la seule année 2024, il n'y a eu que 4 comités d'éthique réunis. Ce sont par ailleurs des comités d'éthique qui ne sont pas vraiment indépendants parce qu'ils sont nommés par le conseil d'administration de France Télévisions, et à la tête de ce comité d'éthique vous avez Christine Albanel, ancienne ministre de la Culture, qui a été une collègue de Delphine Ernotte. (…)"

Y'a t-il trop de chaines sur le service public actuellement ?

À l'évidence. Il y a une centaine de chaînes radio et de télé françaises publiques payées par le contribuable. Donc, c'est énorme. (...) Après il faut aussi voir que l'information locale c'est une mission de service public. Pour le coup vous n'aurez jamais de chaînes privées et commerciales qui se mettront à faire de l'information très locale. Donc c'est là où le service public de l'audiovisuel trouve sa légitimité.

Retrouvez le replay de l'interview juste ici

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