single.php

Laurence, atteinte de Parkinson, sur la loi de fin de vie : "Je veux partir, personne n'a le droit de décider à ma place"

Par Thomas Rannou

TÉMOIGNAGE SUD RADIO - À l’approche du vote du Sénat sur la fin de vie, le débat reste vif autour de l’euthanasie. Sur Sud Radio, Laurence, atteinte de la maladie de Parkinson, a livré un témoignage poignant pour revendiquer le droit de mettre fin à ses souffrances.

euthanasie
Les députés ont créé un délit d'entrave au suicide assisté et à l'euthanasie. (Crédits : Phanie)

Les sénateurs doivent se prononcer ce mercredi sur deux propositions de loi sur la fin de vie, avant un retour à l’Assemblée nationale. Alors que le projet de loi sur les soins palliatifs semble promis à une adoption, le sort du texte consacré au suicide assisté et à l’euthanasie demeure incertain, largement affaibli par les discussions parlementaires.

Ce mercredi matin dans La vérité en face sur Sud Radio, Jean-François Achilli a souhaité donner la parole à Laurence, qui a livré un témoignage poignant, à travers lequel elle a fait part de sa volonté de bénéficier d'une euthanasie pour abréger ses souffrances.

"Je veux partir. Les soins palliatifs ne peuvent rien faire"

Pourquoi avez-vous souhaité témoigner dans le cadre de ce débat ?

Je suis atteinte de la maladie de Parkinson depuis sept ans. C’est une maladie neurodégénérative, incurable. Aujourd’hui, je ressens beaucoup de colère face aux personnes opposées à l’euthanasie, souvent très violentes dans leurs propos, et qui parlent sans connaître ce que nous vivons réellement.

J’aimerais savoir de quelle supériorité morale se sentent investis ceux qui veulent décider à notre place. Savent-ils ce que sontla souffrance, la dépendance, le combat quotidien que nous menons ? Vivent-ils ce que nous vivons ?

Je suis alitée, je ne peux plus me tourner seule. Je suis incontinente, sur le plan urinaire et anal. Bientôt, je ne pourrai plus m’alimenter ni bouger. Je suis dépendante pour absolument tout.

"Je ne comprends pas au nom de quoi je devrais endurer cela"


Comment envisagez-vous l’évolution de la maladie ?

Je vais mourir paralysée dans mon lit, avec des sondes partout. Je ne comprends pas au nom de quoi je devrais endurer cela. Ce sont des monstruosités physiques et psychologiques.

Vous avez engagé des démarches à l’étranger. Pourquoi ?

Oui, en Belgique. Mon dossier a été accepté. Mais ces voyages sont extrêmement éprouvants, physiquement et moralement. Ce sont des décisions mûrement réfléchies. Cela fait sept ans que je réfléchis à cette question, avec mes médecins et mes psychologues. Rien n’a été décidé à la légère.

Je suis pour les soins palliatifs. Mais dans mon cas, ils ne peuvent rien contre la paralysie totale à venir. Pour les maladies neurodégénératives, ils n’empêchent pas cette issue.

"Je ne conçois pas qu'on m'impose une telle situation de souffrance"

Vous voulez donc mettre fin à votre vie. Vous ne comprenez pas qu’on puisse vous en empêcher ?

Non. Je ne conçois pas que quelqu'un, ou une loi, puisse m’imposer de rester dans cette situation de souffrance extrême physique et psychologique. Ma réflexion est posée, réfléchie, construite depuis des années. Je viens d’avoir 69 ans.

Mes proches me comprennent et m’accompagnent tous. Mes amis, mes proches, y compris des personnes très croyantes. Ils voient bien qu’il n’y a pas de solution et qu’on ne peut pas m’imposer cela.

"Je ne peux concevoir qu’une loi ou une idéologie m’impose une souffrance extrême"

Que demandez-vous aujourd’hui, politiquement ?

Qu’on ouvre une porte pour des situations comme la mienne. Nous sommes nombreux. Etje pense qu’un référendum sur ce sujet serait nécessaire. Les personnes concernées savent parfaitement ce qu’elles font. Elles sont pleinement conscientes.

Personne n’a le droit de décider à ma place. Je suis seule détentrice de ma vérité, et je ne peux concevoir qu’une loi ou une idéologie m’impose une souffrance extrême, sans aucune issue possible.



L'info en continu
13H
12H
10H
09H
08H
Revenir
au direct

À Suivre
/