"La Canicule, 1er grand basculement de notre société. Il y a encore quelques années, elle relevait de l’exception, de l’alerte rouge dans le bandeau des chaînes d’info. Désormais, la canicule s’installe dans nos vies comme une saison de plus, une saison sans calendrier, mais avec ses rites, ses contraintes, ses fatigues. Elle change nos journées, nos gestes, nos nuits. Elle redessine, presque à bas bruit, la vie quotidienne des Français"
"La canicule est partout. Derrière ces volets tirés jour et nuit, malgré les ventilateurs déplacés de pièce en pièce comme des objets de première nécessité, dans les rues qui se vident dès l’aube, avec les anciens qui guettent l’ombre au square, les salariés qui apprennent à travailler autrement, dans ces villes trop minérales où il est si difficile de trouver un brin de fraîcheur. Même les conversations ont changé : on ne se demande plus seulement comment ça va, mais comment on tient"
"La canicule est une expérience physique, intime, collective"
"Car la canicule n’est plus une abstraction. Mais une expérience physique, intime, collective. Elle s’éprouve dans les corps lourds, dans le sommeil haché, dans l’attention qui baisse, dans l’irritation qui monte, dans cette fatigue poisseuse qui accompagne les gestes les plus simples. Elle rappelle avec brutalité que le dérèglement climatique n’est pas un sujet lointain de sommets internationaux ou de rapports d’experts : la chaleur s’est installée dans les appartements, dans les écoles mal isolées, dans les transports, dans les maisons de retraite, sur les chantiers, dans les vies modestes en priorité. Sans clim"
"Nous éprouvons le changement climatique"
"C’est peut-être cela, le vrai basculement : nous ne regardons plus le changement climatique de loin, nous l’éprouvons. La canicule nous oblige déjà à revoir notre manière de construire, de travailler, de protéger les plus fragiles, de penser la ville, de partager l’eau, l’ombre, le temps. Sous nos yeux, dans notre chair, un mode de vie ancien se défait. Un autre s’installe. La canicule nous ordonne sans délai de changer"