singlesud.php

Christophe Béchu (Horizons) : « L’état d'urgence : on ne peut pas l'exclure »

INTERVIEW SUD RADIO – 17-Octobre, Macron, Mélenchon : Christophe Béchu, maire d'Angers et secrétaire général d'Horizons, s’exprime sur Sud Radio au micro de Jacques Cardoze.

christophe béchu,

Jacques Cardoze : Le président demande une réunion avec les partis politiques. C'est vous qui serez à Matignon demain devant Sébastien Lecornu en tant que secrétaire général d'Horizons. Qu'allez-vous lui dire ?

Christophe Béchu : « D'abord, j'espère qu'il va nous aider à comprendre comment une journée comme samedi a pu se dérouler de cette manière. L'urgence à mes yeux, c'est évidemment que la journée de samedi prochain se passe bien. Mais à quel moment peut-on avoir une faille de renseignement qui fait qu'on sous-dimensionne le dispositif de cette manière, avec ces images qui ont non seulement choqué et consterné les Français, mais stupéfié toute une partie de ceux qui regardent notre pays depuis l'étranger, avec des conséquences en cascade ? 

D'abord pour des commerçants qui ont objectivement été livrés à des pillages, ensuite pour ceux qui n'ont pas été touchés, avec le risque que la petite musique de "il ne faut plus aller dans les centres-villes" se diffuse. Tout ça va faire en sorte que notre dette va nous coûter de plus en plus cher parce que les pays vont se dire : les Français, qui se retrouvent avec un déficit extrêmement élevé, au lieu de se mettre d'accord sur la manière de régler le problème, sont en train de brûler leurs propres bâtiments. C'est une dinguerie. »

"Un policier municipal ne peut pas contrôler une identité, fouiller un sac ou ouvrir un coffre"

Qu'est-ce que vous allez lui dire concrètement au Premier ministre ?

« D'abord que nous avons dans ce pays en réserve, si j'ose dire, près de 30 000 policiers municipaux qui aujourd'hui sont bloqués pour des raisons juridiques d'être totalement au côté de la Police nationale. Je donne trois exemples : un policier municipal ne peut pas verbaliser quelqu'un qui tague un bâtiment, il faut qu'il appelle quelqu'un de la Police nationale. Un policier municipal ne peut pas contrôler une identité, fouiller un sac, ouvrir un coffre pour vérifier qu'on n'a pas des gens qui viennent avec des mortiers d'artifice ou des choses de ce type. 

On ne peut pas être équipé de gaz lacrymogène alors que les trois quarts de nos policiers municipaux sont des anciens policiers ou d'anciens gendarmes qui ont déjà fait ça. On est dans le paradoxe qu'ils peuvent avoir des armes létales, mais qu'ils ne peuvent pas pleinement être associés à des opérations qui permettent, face à des scènes telles qu'on les a vécues samedi, d'être au côté des forces de l'ordre pour renforcer le pouvoir de la loi. »

"Édouard Philippe a écrit au Premier ministre"

Mais comment fait-on ? On ne peut pas changer la loi du jour au lendemain.

« Eh bien si, ça fait 4 ans ! Il y a 4 ans, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, et Éric Dupond-Moretti, Garde des Sceaux, ont lancé ce qu'on a appelé le Beauvau des polices municipales. Quasiment toute la classe politique était d'accord. Après la dissolution, le texte a été perdu dans les limbes. Il a été voté en février au Sénat, il y a donc 7 mois, et on attend son inscription à l'Assemblée nationale pour pouvoir, nous maires, disposer de pouvoirs qui nous permettent d'être au côté des forces de l'ordre et équipés de drones. C'est très concret. »

Donc ce que vous demandez au Premier ministre, c'est juste une inscription au calendrier et la publication au Journal officiel ?

« Édouard Philippe a écrit au Premier ministre hier pour lui demander d'accélérer l'inscription et pour faire en sorte que nous ayons le plus vite possible ces dispositions qui nous permettent d'être au côté des forces de l'ordre dans le moment que nous sommes en train de vivre. »

"Les forces de l'ordre sont l'honneur de ce pays"

Jean-Luc Mélenchon a clairement expliqué qu'il allait « pourrir » cette réunion. Ce sont ses termes.

« J'aurais envie de vous dire que plus rien ne m'étonne et pourtant j'ai été extrêmement choqué par ces propos. Extrêmement choqué par la manière dont, dans la même conférence publique — parce que les propos que vous citez, ce n'est pas un tweet, c'est quelque chose qu'il a exprimé comme une stratégie à l'ensemble de ses troupes, tout en disant qu'il n'allait certainement pas s'amuser à signer un bout de papier pour dire qu'il fallait condamner les pillages. 

Sa phrase très précise c'est : "Nos discussions n'auront de sens que si nous partageons sans ambiguïté la condamnation de la violence... Laquelle ? Tu crois vraiment qu'on va le faire ? Bien sûr que non. On va y aller et on va te pourrir la réunion." Vous trouvez cela scandaleux.

« C'est absolument scandaleux. Une des choses qui m'a le plus choqué, au-delà de la journée de samedi, c'est l'inversion accusatoire avec laquelle les leaders de La France insoumise, à l'unisson parfois de certains leaders écologistes, ont expliqué que si on en était là, c'était parce que les forces de l'ordre avaient provoqué cette situation. J'ai entendu des leaders politiques expliquer que s'il y avait eu des pillages, des violences, des tirs de mortier sur les forces de l'ordre, c'est parce que Place de la République on aurait gazé ou nassé des manifestants. 

Moi ce que je sais, c'est qu'à Angers personne n'était en train de regarder ce qui se passait Place de la République. Comment se fait-il qu'à Limoges, à Marseille, à Lyon, partout en France, on se soit retrouvé avec des scènes d'émeutes, des gens qui s'en prennent à des bâtiments publics parce que comme à Paris on n'aurait pas été suffisamment gentil avec les manifestants ? Les forces de l'ordre sont l'honneur de ce pays. Laissez dire ou laisser entendre qu'il y aurait une violence qui viendrait des forces de l'ordre et qui aurait justifié tout ça, c'est absolument abominable comme sous-entendu. »

"Emmanuel Macron a donné le sentiment de ne pas être à la hauteur"

Votre candidat Édouard Philippe n'a pas fait mystère de sa déception après l'intervention du président de la République dimanche soir. Est-ce que vous diriez que le président est à la hauteur de ce qui se passe ?

« Édouard Philippe est quelqu'un de poli. Les mots qu'il a utilisés me semblent être en deçà de ce que nous avons été un grand nombre à penser au soir d'une journée cataclysmique. Je le redis : l'office de tourisme de Lyon, la mairie de Marseille, la mairie de Limoges, des milliers de commerces pillés... L'intervention du président de la République a donné le sentiment de ne pas être à la hauteur de l'événement. 

Et je dois dire que quand, dans la continuité, au lieu sur le plan national de tenir des propos pour évoquer des couvre-feux, des dispositifs de sécurité, tirant des conséquences pour la suite, vous quittez le territoire national alors que des pillages sont en cours, alors qu'on est dans une situation où nos concitoyens ont besoin de comprendre, je pense très sincèrement qu'il aurait fallu des mots qui soient beaucoup plus forts, et pas un espèce de "en même temps" qui dans ces circonstances est incompréhensible. »

C'était une erreur de partir dans le Golfe ?

« Bien sûr, il aurait pu décaler. C'est incompréhensible. Entre erreur et faute, je laisse les auditeurs et les gens juger très sincèrement, en fait ça n'est pas compréhensible. »

"Le président de la République pourrait réfléchir à sa démission"

Jean-Baptiste Moreau nous révélait ici sur Sud Radio avoir appelé dimanche le président de la République en lui disant qu’il a plutôt intérêt à démissionner rapidement. Est-ce que vous diriez la même chose ?

« Quelques mois après l'élection présidentielle, Édouard Philippe avait dit que compte tenu de la dissolution ratée, du pari qui avait été fait, de la situation politique dans laquelle on se trouvait, le président de la République pourrait réfléchir à cette hypothèse. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la violence que sa position avait générée de la part d'à peu près tout le monde en expliquant que c'était la clé de voûte des institutions, qu'il ne fallait pas remettre en cause le calendrier. Je ne participe pas à ça. On est maintenant à 6 mois de l'élection, donc ça n'a pas de sens. 

Ce que je dis, c'est que ce que nous sommes en train de vivre est aussi une des conséquences de cette dissolution ratée : le fait de ne pas avoir de majorité pour être capable de voter un budget et d'apporter des réponses à des demandes qui peuvent être faites dans le cadre de manifestations qui sont légitimes ; le fait de ne pas avoir une majorité qui permette de fixer un cap clair pour le pays. 

Tout ça conduit pour partie à ce qu'on ait une inquiétude ou des colères. Mais personne ne peut légitimer la violence, s'en prendre aux biens, s'en prendre aux personnes, s'en prendre aux symboles. Et tous ceux qui minimisent, qui excusent, qui expliquent, sont les complices ou les instigateurs de la violence à laquelle on assiste. »

Présidentielle : "Il faut évidemment suivre et respecter le calendrier"

Lorsque le président dit que le temps du débat doit arriver lors des 6 prochains mois, est-ce un argument suffisant pour respecter le calendrier ?

« On est à moins de 6 mois de l'élection présidentielle, il faut évidemment suivre et respecter le calendrier. Même si à certains égards ça risque d'être long quand on voit la manière dont les choses se passent, on a besoin d'un débat. Il y a 5 ans, à cause de la guerre en Ukraine, l'élection présidentielle n'a pas donné lieu à un débat aussi profond, aussi intense que celui qu'on a pu connaître par le passé. 

Lors de la dissolution, il n'y a pas eu de débat, on a eu 3 semaines entre la fin des européennes et le vote. Si on n'a pas un temps pour discuter du cap que le pays doit suivre, vu les incertitudes, le contexte géopolitique, politique, budgétaire et social, on a besoin de ce temps démocratique. »

« Les couvre-feux peuvent être une bonne solution »

Parlons de la journée de samedi prochain qui fait peur à tout le monde. Le couvre-feu par exemple, est-ce une bonne solution ?

« Les couvre-feux peuvent être une bonne solution, il faut regarder ville par ville. Chez moi à Angers, je ne l'ai pas fait pour une raison simple : je ne veux pas pénaliser des restaurateurs qui craignent déjà de se retrouver avec moins de monde à cause de la journée de samedi, en les obligeant à fermer plus tôt ou en fermant une partie des terrasses alors que nous n'avons eu aucun débordement depuis samedi. 

Si vous ne proportionnez pas les choses et que vous rajoutez une peine à une partie des restaurateurs ou des bars, vous finissez par fragiliser une partie de votre tissu économique. En revanche, on ne peut rien exclure parce que force doit rester à la loi. Le couvre-feu est une arme à disposition et si les circonstances l'exigent, il faut l'utiliser sans trembler. 

De la même manière que l'état d’urgence. Je comprends qu'il n'ait pas été mis en place dès dimanche, puisque réclamer l'état d'urgence à la fin d'un événement tant qu'il n'y en a pas un deuxième d'annoncé donnerait l'impression de dégainer après la bataille. En revanche, l'état d'urgence, on ne peut pas l'exclure si les circonstances et la suite doivent nous y inciter. Ce qui est certain, c'est que la journée de samedi ne peut pas ressembler au 17 octobre en termes de maintien de l'ordre, de sécurité et de capacité à éviter les scènes d'émeutes et de pillage. »

« Les forces de l'ordre ont le monopole de la violence légitime »

Ça veut dire que s'il se passe à peu près la même chose, il faudra instaurer l'état d'urgence ? 

« Je préfère ne même pas me placer dans cette situation »

Bruno Retailleau a exprimé ses craintes que les commerçants ne basculent dans l'autodéfense. C'est un vrai risque ?

« Dans ces circonstances, se montrer à la hauteur des événements, c'est éviter les prophéties autoréalisatrices. Aller suggérer que les gens pourraient penser à s'armer, il serait bon de ne pas leur en donner l'idée parce que nous n'en sommes pas là et que je suis attaché à un cadre dans lequel ce sont les forces de l'ordre qui ont le monopole de la violence légitime. Même si Bruno Retailleau exprime des cris de colère ou d'alarme de commerçants — et j'ai moi-même entendu des réactions de détresse —, il faut tout faire pour le décourager. »

"Quand on tague "sioniste" sur une banque, ce ne sont pas des lycéens mécontents"

Faites-vous un lien entre difficultés d'intégration et les pillards qu'on a pu voir samedi ?

« On a assisté à plusieurs phénomènes qui se sont mélangés et intriqués. D'abord, vous aviez des manifestants venus pour manifester de façon normale et légitime en démocratie. Ils étaient très nombreux, mais ils ont aussi servi de paravent à des émeutiers, des pillards, des black blocs et des gens avec une idéologie d'extrême gauche venus pour "casser du flic" et taper sur les bâtiments publics. 

Quand on tague sur une banque "sioniste", ce ne sont pas des lycéens mécontents de leurs horaires de cours qui font ça, et ce ne sont pas non plus des jeunes en difficulté d'intégration. Quand la journée s'est avancée et que le chaos s'est généralisé, là on a eu effectivement des délinquants, venus pour beaucoup des quartiers périphériques de nos villes, avec manifestement des difficultés d'intégration pour beaucoup d'entre eux, que la justice est en train d'identifier au fur et à mesure.

Avec un petit risque, d’ailleurs. C'est qu'on ait une surreprésentation de ces pillards dans ceux qui ont été arrêtés. Parce qu'en milieu d'après-midi, il y a eu moins de garde à vue et d'arrestation parmi ceux qui étaient dans des logiques de black bloc et qui se tenaient au chaud. »

"Pourquoi n'y avait-il pas davantage de policiers ?"

Qu'attendez-vous de la commission d'enquête parlementaire décidée sur ces événements ?

« Une commission d'enquête doit faire la lumière sur la manière dont des failles de sécurité ont conduit à sous-dimensionner le dispositif. Pourquoi n'y avait-il pas davantage de policiers ? Comment n'avons-nous pas été capables de maintenir l'ordre ? Quels sont les appels lancés sur les réseaux sociaux qui pourraient relever de l'article 40 et d'une mise en cause pénale de responsables qui ont armé philosophiquement une partie des casseurs en les incitant à la violence ? Quels sont les profils des pilleurs, y a-t-il eu coordination ? C'est ça, le rôle d'une commission d'enquête. »

Vous maintenez votre confiance à Laurent Nunez pour la journée de samedi ?

Ce que je crois, c'est que quand on est entre deux épisodes complexes, tel que c'est le cas, et avec un ministre de l'Intérieur dont la démission a été refusée par le président de la République, je préfère me concentrer sur comment on réussit la journée de samedi prochain plutôt que sur les responsabilités individuelles de samedi dernier, même si des questions, quand tout ce sera terminé, devront évidemment se poser.

Vous appelez Gabriel Attal à arrêter sa campagne et à vous rejoindre parce qu'on voit bien que vous êtes au coude à coude ?

« Depuis des mois, ce que nous disons c'est qu'il y aura besoin de se rassembler et que la période de rassemblement, elle commence à partir du mois de novembre. Depuis 6 mois, on explique qu'il est légitime que les uns et les autres avancent et proposent leurs idées, mais qu'à un moment, entre novembre et le début de l'année, il va être nécessaire de se rassembler. 

Nous tendons la main, nous appelons les uns et les autres jusqu'à Monsieur Retailleau à se retrouver autour d'une table pour qu'on discute, pour qu'on avance, que tous ceux qui pensent que l'extrême gauche et l'extrême droite c'est le même péril, le recto et le verso entre guillemets d'une même page, se retrouvent pour qu'on puisse proposer une candidature. »

Lisnard, Attal : "Nous les avons invités"

Donc vous fixez une limite ce matin. Clairement, il y a une période durant laquelle et à un moment donné il faudra en tirer les conséquences.

« La réponse est oui. Dans le moment que nous vivons, j'ai parfaitement conscience qu'il y a d'autres sujets que de savoir comment les uns et les autres décident de se rassembler. Ce que je veux vous dire, c'est qu'il n'y a rien de nouveau. Nous disons depuis des mois qu'il y aura besoin de se rassembler. »

Oui, ce qui est nouveau peut-être c'est le nombre de candidats. Est-ce qu'on peut les lister ce matin ? Avec qui vous souhaitez parler ? Monsieur Retailleau, vous l'avez cité. David Lisnard, nous l'avons invité.

« Nous l'avons invité. »

Et Gabriel Attal ?

« Nous l'avons invité. Nous avons invité les représentants du centre, les gens du MoDem, les gens de l'UDI en considérant qu'à un moment c'est la droite et le centre qui doivent se rassembler tous ensemble. »

"À la fin ce sont les électeurs qui décident"

Et si Gabriel Attal se rapproche de Raphaël Glucksmann ?

« Vous savez, à la fin ce sont les électeurs qui décident. Si les candidats ne sont pas raisonnables, les électeurs le seront pour eux. Je crois une chose, il y a 5 ans à la même époque, Madame Pécresse était aux alentours de 15 % dans les sondages et Madame Hidalgo était très au-dessus du score qu'elles ont fait. Et parce qu'à un moment les Français se sont dit qu'il y avait un risque que tout ça se termine avec une confrontation des extrêmes, vous avez une forme de vote utile qui fait que Madame Pécresse a terminé sous les 5 et Madame Hidalgo sous les 2. 

Tous les candidats qui maintiendront une candidature au bout en n'ayant pas de chance in fine de se qualifier connaîtront le même score avec une sorte de toboggan électoral. Nous avons toujours dit que nous prendrions nos responsabilités si nous étions dans une situation de ne pas être les mieux placés. Aujourd'hui, nous appelons les uns et les autres, comme nous l'avons fait il y a des mois, à la même responsabilité. »

"Quand nous sommes éclatés, nous avons des chances d'être éliminés"

Il y a urgence puisque Jean-Luc Mélenchon, et ce n'est pas le premier train de sondages, est systématiquement ou très souvent donné devant vous.

« Je vous le confirme, quand nous sommes éclatés, nous avons des chances d'être éliminés. »

Est-ce que LFI est devenue le bouc émissaire du gouvernement, l'idiot utile du gouvernement sur ce sujet ?

« Le bouc émissaire non, parce que ça voudrait dire qu'entre guillemets, ils n'y seraient pour rien. Enfin, cette séquence, elle est extrêmement éloquente. Comment vous pouvez ne pas condamner l'incendie de la mairie de Limoges ? Comment est-ce que vous pouvez avoir des propos face caméra — on n'est pas en train de parler d'un commissaire anonyme qui aurait dit quelque chose à un journaliste, non, on est en train de parler de Monsieur Mélenchon qui explique qu'il faut abattre la citadelle, qui défend la Jeune Garde qui s'est livrée à des actes violents, qui soutient ou qui abrite sous son aile un syndicat étudiant Solidaire qui explique que samedi dernier il y a eu de la casse légitime et ciblée sur des symboles du capitalisme et que la violence est légitime. On parle du parti de Monsieur Bagayoko qui explique que la violence peut être légitime. »

Le comportement de LFI est "abject"

Donc elle se victimise ici, c'est votre avis.

« Oui, mais c'est pire que ça. Après avoir philosophiquement armé une partie des casseurs et des émeutiers, après avoir laissé entendre que la violence était une manière d'exister en politique, ils font comme s'ils étaient les victimes. On est dans l'inversion accusatoire. Vous allumez le feu et ensuite vous dites : "Comment se fait-il que les pompiers ne l'aient pas éteint plus vite ?" Enfin, c'est abject. »

Le gouvernement reconnaît quand même quelques erreurs par rapport au week-end dernier en matière de maintien de l'ordre.

« Il a raison d'en reconnaître, mais je reviens à mon sujet. À un moment, vous savez, tout ce qui s'est passé samedi, c'est parce que les pompiers ne sont pas arrivés assez vite ? Ah non ! Tout ce qui s'est passé samedi, c'est parce qu'il y a des gars qui ont foutu le feu. Et qui a donné les allumettes, qui a fourni le jerrican d'essence ? Ce sont les amis de Monsieur Mélenchon. »

"J'ai confiance dans les forces de l'ordre de ce pays"

Vous avez confiance en Laurent Nuñez pour que ça se passe bien samedi prochain ?

« Ce n'est pas le sujet. J'ai confiance dans les forces de l'ordre de ce pays. Je ne supporte pas qu'on les mette en cause. Vous savez, ça fait mal à ma France quand je vois des idiots aller écrire "ACAB", laisser entendre qu'un bon flic est un flic mort. On parle de femmes et d'hommes qui pour moins de deux fois le SMIC se retrouvent désormais à risquer leur vie pour nous défendre, vous, moi, des gens qu'on ne connaît pas, et pour assurer le maintien finalement du respect de la loi, c'est-à-dire de la préservation et de la protection des plus fragiles. Des commerçants ont constaté que le dimensionnement du dispositif de sécurité n'a pas permis de protéger tout le monde. Il y a urgence à ce que samedi prochain ce ne soit pas pareil.

J'ai pleinement confiance dans nos forces de l'ordre. Je ne supporte pas l'expression "violences policières". Je ne supporte pas l'inversion accusatoire qui consiste à laisser penser que si les pompiers n'interviennent pas assez vite, c'est de leur faute, en ne regardant pas la responsabilité des émeutiers. »

Au vu de ce que vous dites concernant La France insoumise, pourquoi ne pas aller dans le sens de ce que dit Bruno Retailleau qui demande l'interdiction de La France insoumise ?

« Parce que ça n'a pas de sens. »

Mais vous comprenez la philosophie de ce qu'il dit ?

« Oui, je comprends la ficelle politique, mais il y a des partis encore plus à gauche — aussi surprenant que ça puisse paraître, le NPA par exemple — qui ont eu des propos encore plus délirants par le passé dont personne n'a jamais réclamé l'interdiction. LFI, il faut les battre dans les urnes. Et que des gens qui vont expliquer "on va te pourrir ta réunion, on va pas te signer ton papier", enfin c'est d'un tel niveau. Mais vous savez ce qui est dramatique, c'est qu'ils sont déjà devenus les gens les plus détestés de France, et donc en se victimisant, ils sont en train de paver la route de l'extrême droite. »

"Les militaires ne sont pas formés pour faire du maintien de l'ordre"

Ils sont très forts sur la jeunesse, Monsieur Béchu, et ils sont pour le moment qualifiés pour le second tour.

« Et avec des gros clins d'œil communautaristes qui ne m'ont pas échappé par rapport à un certain nombre de gens. Je termine juste une chose, vous savez : finalement, c'est presque leur rêve parce que si Marine Le Pen était en responsabilité, ça pourrait justifier d'aller faire ça tous les week-ends, toutes les semaines et donc de se retrouver avec des airs de résistance à piller le pays, à s'attaquer à ses symboles et à générer le chaos. 

Mais ceux qui pensent que Madame Le Pen ou l'extrême droite ce serait la garantie de l'ordre, je les invite à regarder ce qui s'est passé en Italie. Madame Meloni est au pouvoir depuis 4 ans et on a vécu les mêmes scènes en Italie que celles qu'on a vécues en France. »

L'opération Sentinelle a été mobilisée pour protéger un certain nombre de sites. Est-ce qu'il faut l'armée dans ces opérations de maintien de l'ordre ?

« Je ne pense pas. Les militaires ne sont pas formés pour faire du maintien de l'ordre. Ils sont formés pour se battre et pour tuer si nécessaire. Qu'ils défendent des bâtiments de manière statique, ça permet de soulager une partie du dispositif de sécurité, mais qu'on puisse imaginer les utiliser pour le maintien de l'ordre, ce serait ne pas connaître l'armée et ce serait une erreur en termes d'utilisation. »

L'info en continu
09H
08H
07H
06H
03H
02H
00H
Revenir
au direct

À Suivre
/