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Anthony Martins-Misse, la voix du parasport et bien plus encore

Par Mathéo Lamblot

PORTRAIT SUD RADIO - A l'occasion de l'opération de l'ARCOM « Jouons ensemble » qui vise à accroître la visibilité du parasport en France, Sud Radio vous propose de découvrir l'incroyable trajectoire d'Anthony Martins-Misse, ancien double champion du monde de para-judo, devenu entrepreneur, DJ et journaliste. Aujourd'hui, il est le seul unique présentateur non voyant de tout l'audiovisuel français.

Anthony Martins-Misse
Anthony Martins-Misse (DR Pierre-Olivier / Sud Radio)

Avec sa carrure impressionnante d'1m85 pour près de 100 kg, ses lunettes noires et son chien guide Nepia, Anthony Martins-Misse ne passe pas inaperçu. Ancien double champion du monde de para-judo, il est aujourd'hui journaliste et animateur sur Sud Radio. En l'espace de deux ans tout s’est enchaîné pour lui. D’abord consultant pour les Jeux de Paris puis propulsé animateur de "Faut que ça change", émission dédiée au handicap (tous les samedis de 20h à 20h30), il vient de franchir un nouveau cap. Durant l'été, les auditeurs de la station ont pu entendre entre 10h et midi son ton direct mais tout aussi convivial lors des Débats de l’été.

Cette voix chaleureuse nimbée d'un sens de l'humour et d'une autodérision inégalables, les auditeurs s’y sont habitués d'autant plus que depuis la rentrée, Sud Radio lui a confié les rênes de sa nouvelle émission du soir ''On vous a compris'', mais aussi le remplacement de l'animation de la grande matinale du week-end. Mais Anthony est bien plus qu'un joker, c'est un journaliste brillant à part entière, devenu l'unique présentateur non-voyant de l'audiovisuel français en raison de son talent et de ses compétences évidentes.

Les valeurs du judo pour grandir

Si Anthony se retrouve en haut de l'affiche, ce n’est pas un hasard car si sa vie devait se résumer à un seul mot, ce serait « combat ». Tout au long de son parcours parsemé d’embûches, il a su rebondir. À l’âge de 7 ans et après 130 opérations, il perd définitivement la vue : une épreuve qu'il ne comprend pas totalement à l’époque, mais qu’il affronte avec une détermination sans faille. Très jeune, c’est grâce au judo qu’il va apprendre les valeurs essentielles qui vont le forger en tant qu’individu. « La discipline m’a permis de me sociabiliser, souligne-t-il. C’était une activité ordinaire avec des copains. J’étais un enfant bagarreur, et le judo m’a appris à me canaliser. Aujourd’hui, je suis plus à l’aise avec mon corps." Si le judo lui a permis de décrocher deux titres de champion du monde en 2005 et 2007, ce sont surtout les valeurs qu’il en tire qui l’ont façonné. L’art martial lui a donné sérénité et confiance : "Je sais me défendre dans des moments conflictuels, mais surtout, je maîtrise mes pulsions et celles des autres."

En 2023, un incident va venir illustrer ses principes. Alors qu’il doit emmener sa fille à l’école, un chauffeur Uber refuse de le prendre en charge avec son chien-guide puis l'agresse. Anthony filme la scène, où le chauffeur l’attaque ainsi que son animal, sous les yeux de sa fille. La vidéo devient virale. Il est invité sur plusieurs plateaux télévisés et radios puis rencontre la ministre en charge du handicap, Geneviève Darrieussecq. C’est là qu’il lance son combat en faveur des personnes en situation de handicap : "Faire bouger une grande entreprise, une boîte qui pèse des milliards de dollars, c’est compliqué. Mais une fois que tu mets les médias sur leur dos, et que tu saisis la ministre pour lui dire 'Il faut que ça change', là, on passe de l’injonction à l’action."

« L'entrepreunariat et le sport, c'est pareil »

Si Anthony Martins-Misse ne laisse personne indifférent, c'est en raison de son parcours atypique. Après son second titre mondial en 2007, il met entre parenthèses sa carrière de sportif pour se lancer dans l’entrepreneuriat durant 15 ans. Cette reconversion ne manque pas de similitudes avec sa carrière sportive : « Lancer un projet, c’est comme partir d’un rêve. Le sport, c’est pareil. Tu définis des objectifs, tu te conditionnes mentalement de la même façon. Ce qui fait la différence, c’est la détermination et ton obstination à réussir ».

Mais pas question pour autant de dire que l’entrepreneur et le sportif vivent le même quotidien, il pourrait sen ’agacer : « L’entrepreneur ne souffre pas physiquement comme un sportif de haut niveau ! ». Tel un décathlonien, il enchaîne et jongle avec les projets, jusqu’à en cumuler quinze différents en même temps ! Grâce à son expérience dans les deux domaines, il est témoin des différences de traitements entre les sportifs et les entrepreneurs : « L’entrepreneur ose dire que ce qu’il fait est bien, si jamais un sportif dit qu’il veut gagner, on dit qu’il a la grosse tête ». 

“ Dans ma vie je n’ai pas de regret”

Sa vie n’a pas été sans obstacles. Mais pour lui, il est hors de question de parler d’échec. Même lorsqu’il se blesse à l'épaule à seulement trois mois des Jeux Olympiques de Paris : « J’ai investi plus de 50 000 euros pour me préparer, mais ça m’a aussi remis dans l’exigence du haut niveau. Si je me blesse, c’est que c’était le destin », lâche-t-il, fataliste. Mais Anthony n'est pas du genre à se laisser abattre, définitivement tourné vers l'avenir, avec un objectif en tête : les Jeux de Los Angeles 2028, dans son « deuxième pays » puisqu'il possède la double nationalité franco-américaine par son père : « Participer aux JO à Los Angeles, dans ma deuxième maison, ce serait formidable ! En plus, c’est là que je suis devenu champion du monde pour la première fois ».

Dans le sport comme dans l’entrepreneuriat, ce qui le motive, c’est toujours le rebond. Après avoir conduit une entreprise au redressement judiciaire, il reste convaincu : « On a tendance à penser que nos actions nous définissent. Oui, ce projet a échoué, mais cela ne veut pas dire que ma personnalité est à jeter ».

Casser les codes

Aujourd'hui âgé de 37 ans, Anthony déborde toujours autant d’énergie. En plus de ses activités entrepreneuriales qu’il a maintenues, il est devenu un journaliste à part entière, continuant inlassablement à casser les codes et à tenter de changer le regard sur les personnes en situation de handicap. Et le sport ne le quitte pas non plus puisqu’il est devenu Délégué du Président de la Fédération Française des sports de glace, en charge des affaires courantes du parasport et de la RSE. Rien que ça. Insatiable et inarrêtable, on vous dit.

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