Débouté de son projet d'ouvrir la FIFA à des investisseurs privés, Gianni Infantino traverse la plus grave crise de confiance de ses dix années à la tête du football mondial. Mais après une réunion de crise organisée mercredi au Maroc, sa direction a refermé les rangs autour de lui.
Un projet retiré, des excuses présentées
Présenté à la surprise générale le 28 juillet, le projet de la FIFA visant à ouvrir le financement du développement du football à des investisseurs privés – jusqu'à 10 milliards de dollars sur quatre ans – a suscité une vague de critiques immédiates, sur le fond comme sur la forme. Face à l'ampleur de la contestation, Gianni Infantino a fini par retirer le projet dans la nuit du vendredi 31 juillet au samedi 1er août, reconnaissant dans un communiqué que le plan avait « créé des divisions » contraires à l'objectif initial.
Mercredi 5 août, réunie en urgence à Salé, près de Rabat, la direction de la FIFA est allée plus loin en présentant ses excuses pour les « erreurs » commises dans la conception et l'annonce du projet. Une lettre a également été adressée aux 211 fédérations membres pour s'engager à ce que ces erreurs « ne se reproduisent pas ».
La fronde des fédérations et des dirigeants
Le fiasco a mis à nu les divisions internes du football mondial. L'UEFA a publiquement estimé avoir « perdu confiance » en Infantino, lui reprochant un manque de transparence sur la gestion du dossier. La Concacaf a de son côté réclamé une « mise à plat complète » de sa gouvernance.
Sur le plan des soutiens individuels, la semaine a été rude pour le président de la FIFA : son conseiller principal, Carlos Cordeiro, a démissionné, et plusieurs hauts responsables de l'organisation, dont Arsène Wenger et le secrétaire général Mattias Grafström, avaient pris leurs distances avec le projet dès mardi. Quatre fédérations – le pays de Galles, la Serbie, la Suède et la Finlande – ont officiellement retiré leur soutien à sa candidature pour un quatrième mandat.
Reste que ce mouvement de défiance n'a pas (encore) emporté la direction de la FIFA elle-même. À l'issue de la réunion de crise du 5 août, l'instance a réaffirmé son « plein soutien » à Gianni Infantino ainsi qu'au secrétaire général Mattias Grafström, qui n'a donc pas quitté ses fonctions, contrairement à ce que l'agitation de la semaine pouvait laisser penser.
La pression politique s'ajoute à la crise interne
À la contestation sportive s'ajoute une pression diplomatique inédite. Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré mercredi n'avoir « absolument aucune confiance » en Infantino, rejoignant son homologue britannique Andy Burnham, qui avait réclamé sa démission. Canada Soccer a indiqué examiner la question lors de sa prochaine réunion de conseil d'administration.
Peut-il tenir jusqu'en mars 2027 ?
Pour l'heure, rien n'empêche statutairement Gianni Infantino de se représenter. Il reste le seul candidat déclaré à sa propre succession, lors d'un scrutin prévu en mars 2027 à Rabat, où il lui faudra obtenir la majorité des 211 fédérations membres pour décrocher un quatrième mandat.
L'hypothèse d'une démission, ou d'une convocation d'un conseil extraordinaire suivi d'un vote de confiance du congrès, reste évoquée par certains dirigeants de fédérations, mais aucune procédure formelle n'a été engagée en ce sens à ce jour. La suite dépendra largement de l'évolution de la position de l'UEFA et du nombre de fédérations qui choisiront, dans les prochaines semaines, de suivre l'exemple du pays de Galles, de la Serbie, de la Suède et de la Finlande.