Yves de Kerdrel: Retraites, "la double-punition pour les professions libérales"

Editorial économique

Yves de Kerdrel - Sud Radio

Le collectif SOS retraites qui réunit aussi bien des professions libérales que des stewards et hotesses de l’air va défiler dans les rues aujourd’hui contre la réforme des retraites. Pourquoi eux ?

Il existe une quarantaine de régimes retraites différents en France, et la plupart sont en difficulté financière. Sauf celui des professions libérales – et notamment des avocats – ou bien des pilotes de lignes et du personnel navigant des compagnies aériennes. Cela peut paraître bizarre, mais tout cela est le fruit de soixante-dix ans d’histoire sociale en France qui a fait naître des avantages acquis. Prenez les avocats, leurs cotisations retraites ne représentent que 14 % de leurs revenus et pourtant leur régime de retraite est bénéficiaire. Si bien que, lorsqu’Emmanuel Macron parle d’uniformiser les retraites, ils ont peur, car ils n’auraient aucun avantage supplémentaire, mais ils paieraient 28 % de cotisation, soit le double de la situation actuelle. C’est une situation de même nature pour le personnel navigant des compagnies aériennes.

 

Mais est-ce que le gouvernement a entendu leur message ?

Il y a déjà eu plusieurs réunions de concertation avec Jean-Paul Delevoye, mais manifestement cela n’a rien donné car le gouvernement veut à tout prix faire reposer sa réforme sur le critère de l’universalité. C’est-à-dire, même régime pour tout le monde. On peut comprendre le malaise des professions libérales, car si c’est le cas, ils vont être punis pour avoir bien géré leur régime de retraites. Il faut savoir que si, en France, il manque 10 milliards d’euros pour financer les retraites d’ici 2025, les professions libérales ont amassé 27 milliards de réserves. Pour eux, cette réforme serait une double peine: ils assisteront à un hold-up sur ces milliards, et ils devront payer une cotisation multipliée par deux. Leur manifestation aujourd’hui est une réponse à l’entrée au gouvernement de Jean-Paul Delevoye, qui signifie que sa présence est là pour un bras de fer Autant il y a des mouvements sociaux qui sont scandaleux comme ceux de la RATP vendredi dernier. Autant cette manifestation n’a rien de blâmable, et il faut espérer que la concertation que veut mener Édouard Philippe montrera que ces professions ont été entendues.