Vote électronique : "Rien ne garantit que c'est la bonne personne qui vote, ou qu'elle n'est pas sous influence"

Face à l'abstention record du premier tour des élections régionales et départementales, des politiques comme le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal soutiennent la mise en place du vote en ligne, par Internet. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 66,72 % des électeurs se sont abstenus de voter dimanche. Un record pour une élection depuis le début de la Ve République. Le gouvernement souhaite donc examiner la piste du vote en ligne. Mais pour de nombreux spécialistes, cela pose des problèmes constitutionnels et de sécurité.

Dans un bureau de vote du Puy-en-Velay. (Thierry ZOCCOLAN / AFP)
Reportage Sud Radio de Clément Bargain

 

Pouvoir voter depuis son ordinateur ou son téléphone portable sans avoir à se déplacer dans un bureau de vote : une fausse bonne idée selon François Pellegrini, professeur d’informatique à l’université de Bordeaux et spécialiste du vote électronique: "L'idée de proposer un scrutin par internet, c'est une mauvaise solution à un problème mal posé. Le problème mal posé, c'est comment faire en sorte que les gens aient envie d'aller voter. Il y a un désir de participer au processus démocratique, et c'est pas un outil technique qui va résoudre le problème." D’autant plus que rien ne peut garantir la sécurité d’un vote en ligne :

 

"La personne n'est pas dans l'isoloir, protégée par le bureau de vote. Rien ne garantit que c'est bien la bonne personne qui vote, qu'elle n'est pas sous influence, qu'il n'y a pas quelqu'un qui vote à sa place. Les caractéristiques essentielles de la liberté du scrutin démocratique disparaissent."

 

"On ne résorbera pas le problème de l'abstention"

Quant à l’impact sur la participation, difficile d’imaginer que le vote électronique pourrait lutter contre l’abstention, estime Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste et professeur de droit public: "Le vote lui-même ne sera pas légitime. Si l'électorat n'a pas confiance, il ne se déplacera pas forcément, donc on ne résorbera pas le problème de l'abstention. Il n'adhèrera pas, il contestera le résultat. Cela ne serait pas renforcer mais affaiblir la démocratie." En Europe, seule l'Estonie a instauré le vote électronique en 2005. La Norvège l'a expérimenté en 2015, avant d'abandonner car des électeurs avaient pu voter deux fois.

 

Risques de piratage

"Puisque c'est pas internet, c'est évidemment connecté, et il y a donc tous le sujet lié au piratage, aux manipulations malveillantes du vote. Elles opèrent pas des personnes en France qui veulent ainsi fausser le scrutin, ou des interventions de puissances étrangères. On ne dispose pas encore des outils permettent de garantir, avec toute la fiabilité et la sécurité nécessaires, qu'une telle plateforme puisse ainsi efficacement et efficacement fonctionner" - Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste et professeur de droit public