Troubles de l'ordre public, incivilités, agressions... : "Nous, les maires, sommes en première ligne"

Chantal Gantch, maire de Savignac-de-l’Isle, était l’invitée de Benjamin Glaise le 10 août dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Les maires, notamment ruraux, en première ligne face à la hausse des incivilités. (PATRICK HERTZOG - AFP)

Dans trois communes, récemment, un maire a été victime d’agressions en voulant mettre fin à des incivilités. Le nombre d’agressions d’élus a cru de 14% depuis l’an passé, avec 233 faits contre des maires et leurs adjoints en quelques mois.

 

"La justice ne suit pas"

Chantal Gantch, maire de Savignac-de-l’Isle, a elle-même été victime de violences de la part d’administrés. "J’en suis à mon deuxième mandat, et j’en suis à deux rappels à la loi et trois plaintes. Par rapport au non port du masque dans un lieu public clos, j’ai eu droit à des insultes, des menaces, en public. Ce qui m’ennuie le plus, c'est que d’autres administrés voulaient intervenir, et je ne souhaite pas ce genre de situation sur la commune. Le problème aujourd’hui est que les maires, les gendarmes font leur travail, mais après la justice ne suit pas. J’ai un collègue qui a été agressé en 2014, une agression extrêmement sévère par trois individus. Cela fait six ans et l’un d’entre eux n’est toujours pas passé au tribunal. Face à ces non poursuites, ils se sentent très forts."

"Ce sont des comportements inacceptables, estime la maire de Savignac-de-l’Isle. Nous représentons une autorité, la République. Avec toutes ces incivilités, même petites, au quotidien, auxquelles nos administrés demandent de mettre fin, je ne peux pas me dire 'je reste chez moi, je ne réponds pas aux appels'." La situation empire-t-elle, selon elle ? "Oui, et ce n’est pas seulement sur les personnes. C’est aussi sur le matériel public. C’est de la délinquance routière, environnementale. Nous sommes confrontés aux dépôts sauvages. Nous faisons les procédures et n’en voyons jamais l’aboutissement."

"Un maire rural ne peut pas verbaliser"

"Nous, les maires, on est également en première ligne parce que les gendarmes n’ont pas les moyens suffisants, estime Chantal Gantch. Les absences ne sont pas remplacées, les fonctions administratives sont chronophages. Ils sont de moins en moins sur le terrain, avec des territoires qui s’agrandissent. Et l’on se retrouve à faire le rôle du gendarme. J’ai l’impression qu’on devrait nous distribuer des uniformes, mais de toutes façons, cela ne servira à rien. On nous dit : 'quand vous intervenez, vous devez décliner votre fonction, maire ou adjoint'. Mais même quand on se présente, pour certains individus, je me demande si le mot 'maire' veut dire quelque chose. À la base, pour moi, c’est quand même un défaut d’éducation ; on le ne réglera pas en mettant 100 gendarmes en plus."

Autre souci constant : "un maire rural ne peut pas verbaliser, il faut que les gendarmes constatent l’infraction, rappelle Chantal Gantch. Quand ils arrivent, c’est trop tard. On a le pouvoir de police du maire, on peut le déléguer à un policier municipal. Mais une commune rurale ne peut pas assumer un salaire de policier municipale. La mission de sécurité publique des biens et des personnes, c‘est une mission régalienne." L’AMF (Association des Maires de France) comme l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) demande des sanctions spécifiques et plus rapides. "Déjà, estime l’édile, il faudrait que ce que le maire constate puisse être validé : un trouble de l’ordre public, des insultes, des conflits… C’est une personne assermentée, elle fait un rapport de circonstances et après il y a la sanction. C’est ce que font les gendarmes. Beaucoup de maires sont en train d’y réfléchir."

 

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