Port du masque pour les coureurs et cyclistes : "une décision ni justifiée, ni efficace"

Stéphane Gayer, infectiologue et hygiéniste au CHU de Strasbourg, était l’invité de Benjamin Glaise et Julie Belle le 4 août dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Dans Nice le 3 août 2020 des policiers informent la population de l'obligation de porter le masque (VALERY HACHE - AFP)

Faut-il rendre le port du masque obligatoire pour les coureurs et les cyclistes ? De plus en plus de villes rendent le port du masque obligatoire en extérieur. A Nice et Lille, on va même encore plus loin, pour les sportifs, joggers et cyclistes. Est-ce vraiment une mesure justifiée ?

 

Pas les conditions d'efficacité vérifiées

"Le masque a été conçu essentiellement pour appliquer son pouvoir de filtration à l’intérieur des locaux, estime Stéphane Gayet, infectiologue et hygiéniste au CHU de Strasbourg. Dès l’instant où on l’utilise à l’extérieur et a fortiori sur un corps en mouvement, nous ne sommes plus dans les conditions d’efficacité vérifiées. Pour moi, c’est une mesure qui ne se justifie pas, déjà sur le plan du risque."

"Quand on est dans un local, il y a une concentration humaine, on est très proches les uns des autres. Là, le masque justifie pleinement, juge l'infectiologue. Dès l’instant ou l’on se trouve à l’extérieur, il y a un petit peu de vent, et on est moins proche des autres. Donc le risque est déjà nettement diminué. Si on se déplace, on n’est plus dans les conditions d’utilisation des masques définies au départ dans les établissements de santé."

Des propriétés de filtration modifiées

"Par ailleurs, quand un corps fait de l’exercice physique, il y a une transpiration du visage, sur le front, sur le nez, rappelle Stéphane Gayet. Cela va pouvoir imprégner le masque et ses propriétés de filtration pourront être modifiées." Ne serait-ce alors qu’un effet de mode d’imposer ainsi le port du masque à ceux qui font du sport ? "Je pense que c’est une mesure qui n’a pas été suffisamment réfléchie. Elle est animée de bonnes intentions, mais il y a une espèce de panique des pouvoirs publics. Ce port obligatoire dans certaines villes pour les activités sportives en plein air ne se justifie pas, à la fois sur le plan du risque, et du confort."

"Cela va dissuader les gens de faire de l’exercice physique, s’inquiète l’infectiologue et hygiéniste au CHU de Strasbourg. Il faut changer ses habitudes, aller courir dans les sentiers dans les bois, ou courir avant 10 h. J’espère que les pouvoirs publics vont revenir sur cette décision qui ne me paraît vraiment pas justifiée, et pas efficace." Alors que l’on constate une hausse des entrées en réanimation, quelle est la situation à Strasbourg ? " Très honnêtement, l’augmentation est très modérée. Pour le moment, on ne peut vraiment pas parler de deuxième vague. On est vigilant, mais il n’y a pas de quoi être réellement inquiet."

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