Philippe Juvin : "Il n’y a pas de preuve scientifique de l’intérêt du port du masque à l’extérieur"

Philippe Juvin, professeur de médecine, chef du service des urgences de l’hôpital Pompidou à Paris et maire LR de la Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 31 août 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Philippe Juvin interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 31 août 2020 à 7h40.

Philippe Juvin : "Je reproche un peu encore au gouvernement son incapacité à prendre une décision claire"

Le port du masque obligatoire dans les rues des villes françaises s’étend : dès ce 31 août 2020, la ville de Bordeaux rejoint Paris ou encore Marseille et Strasbourg pour l’imposer aux habitants. "Il n’y a pas de preuves scientifiques de l’intérêt du port du masque à l’extérieur", souligne Philippe Juvin qui ne critique pas la mesure en soi. "On doit faire avec des principes de précaution et avec ce qu’on sait.""Le bon sens, c’est de dire qu'évidemment dans les endroits clos il faut le mettre, en revanche à l’extérieur il faut le mettre là où il y a beaucoup de monde. À Paris, il y a tellement d'endroits où c'est la cas, ils ne pouvaient pas faire autrement que mettre toute la capitale masquée" estime-t-il.

 

Les anti-masques, notamment, jugent la mesure privatrice de libertés et "disciplinaire". Le maire LR de Garenne-Colombes reproche surtout au gouvernement "son incapacité à prendre une décision claire". Il explique qu’il a été "alarmiste sur l’épidémie" durant tout l’été mais "en même temps il ne prenait aucune mesure contraignante. C’était absurde". Pour le maire, qui est également médecin, dans les villes moyennes une obligation du port du masque uniquement dans certaines rues aurait suffi. "Je pense que c’est une mesure qui est typiquement une mesure de réaction : on les a accusés de ne pas être à l’heure durant cette épidémie" et du coup "ils vont un coup trop loin. Le problème, c'est le dosage" ajoute-t-il.

 

Port du masque dans les entreprises : "je n’ai pas compris ce qu’a dit Élisabeth Borne, j’en suis désolé"

L’obligation du port du masque dans les entreprises devrait être assouplie pour certains métiers. "Je n’ai rien compris !" avoue Philippe Juvin. "Les mots [d'Elisabeth Borne, ministre du Travail ndl] utilisés étaient bien français explique l’élu, mais la phrase elle-même était plus complexe à décrypterQuand il y a des grands périls, on a besoin d’avoir des idées claires." Or, pour Philippe Juvin, les propos de la ministre du Travail n’ont pas été clairs : "je n’ai pas compris ce qu’a dit Élisabeth Borne, j’en suis désolé".

Le professeur de médecine donne des indications claires, à destination des salariés français, afin de palier l’incompréhensibilité des propos de Mme Borne. "Quand vous êtes dans une salle intérieure à plusieurs, il faut porter le masque. Il faut en même temps que cette salle, le plus possible, soit aérée. Maintenant, quand vous êtes dans un bureau tout seul, vous n’avez pas besoin de porter le masque. En revanche, Philippe Juvin reconnaît "qu'il y a un sujet avec l'air conditionné : j'ai cru comprendre que le problème est avec l'air qui est recyclé et qui va d'une pièce à l'autre. Ce sujet est très complexe et doit faire l'objet de toutes les attentions. Pour être simple, aujourd’hui, dans un open space, il faut mettre un masque."

Concernant les écoles, selon le professeur de médecine, masquer les élèves à partir de 11 ans "est probablement suffisant. On sait que la rentrée scolaire est indispensable. Au-dessous de 10 ans, il semble que les enfants soient assez peu transmetteurs du virus. Et en même temps à cet âge-là, ils sont assez peu sensibles au virus" ajoute-t-il.

 

"Le virus est toujours aussi méchant", "ce n'est pas certain qu'on ait un vaccin"

Philippe Juvin revient sur la situation actuelle dans les hôpitaux. "Il y a une augmentation très significative du nombre de cas en France par rapport à la semaine dernière, ainsi qu'une augmentation aussi significative du nombre de patients en réanimation, à plus du doublement. Mais nous ne sommes pas à la situation du mois de mars tient-il à préciser. Sur la modification du virus, qu'il se modifie sur le plan génétique, c'est très banal. Il est toujours aussi méchant" affirme-t-il.

La fabrication du vaccin contre le virus "est un pari sur l'avenir, mais ce n'est pas du tout certain explique Philippe Juvin. Il y a 125 candidats-vaccins actuellement dans les laboratoires dans le monde. Mais est-ce qu'il y en aura un qui sortira ? On peut l'espérer. Mais ce n'est pas certain qu'on ait un vaccin et le jour où on en aura un, il faudra le tester, s'assurer qu'il n'aura pas d'effets secondaires, et il faudra ensuite que les gens aient confiance".

Sur les tests, selon le professeur de médecine, "on ne teste pas assez vite aujourd'hui en France. Aujourd'hui, environ 20% des gens testés ont des symptômes depuis 5 à 10 jours. C'est un vrai sujet ! Il faudrait aller sur les lieux de travail, dans les maisons de retraite massivement. On ne teste pas assez et pas assez précocement. Il y a aussi des problèmes de ruptures d'approvisionnement de réactifs pour les laboratoires".

 

Présidentielle 2022 : "Mon candidat c'est François Baroin"

Le parti Les Républicains, dont est membre Philippe Juvin, doit préparer la Présidentielle 2022. Mais, pour l’instant, aucun candidat ne semble sortir du lot pour représenter une droite unie. "Mon candidat c’est François Baroin confie Philippe Juvin. Il a l'expérience et la tempérance. Mais il faut qu'il soit candidat pour être candidat ! Il faudra, au parti, un mode de sélection", sans donner une préférence pour une sorte de "primaire" des Républicains ou un autre mode de sélection. "Il faut que ce soit un mode de sélection accepté par tout le monde."

Il confirme, en outre, être "candidat à participer à ce grand débat" sans écarter une possible candidature pour devenir le représentant du parti Républicain. "On ne bâtit pas un programme politique avec un rétroviseur : il faut voir la société française telle qu’elle est aujourd’hui. Nous sommes quelques-uns à vouloir participer à ce débat !"

 

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