Les évêques français ont présenté jeudi, à l'issue d'une assemblée percutée par l'annonce de la condamnation de Mgr di Falco, les contours de leur très attendu dispositif pérenne d'accompagnement des victimes mineures de violences sexuelles.
"Nous mettons en place un ensemble d’actions baptisé Renaître", a affirmé Gérard Le Stang, évêque d'Amiens, en marge de l'assemblée plénière de la conférence des évêques de France (CEF) à Lourdes.
Cette annonce était très attendue à l'approche de l'été, qui marque la fin du mandat de l'Inirr, l'instance de réparation créée en 2021 par l'épiscopat. "Dès le 1er septembre, toute personne qui a besoin d’être entendue pourra être prise en compte", a assuré Mgr Le Stang.
Mais l'architecture sera différente.
Au lieu de l'Inirr, les victimes saisiront désormais des cellules d'écoutes et d'accueil dans les diocèses, qui les orienteront ensuite vers un réseau d'accompagnants dans leurs démarches restauratives. Ces accompagnants seront présents eux aussi dans les diocèses mais constitués en organisme national indépendant.
"C'est un réseau de proximité, pour permettre aux personnes d'être jointes au plus proche et en présentiel", a expliqué Mgr Le Stang.
L'organisme national vérifiera que les accompagnants sont formés, et "qu'il y a une équité des traitements" entre différents diocèses, a-t-il ajouté.
Et une personne ne souhaitant pas s'adresser à son église "pourra directement saisir l'instance nationale", a assuré Laurent Percerou, évêque de Nantes.
Des collectifs de victimes ont exprimé leurs inquiétudes. "Les diocèses sont tous disparates et chacun fait ce qu'il veut", redoute Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, qui regrette aussi le nom retenu pour le dispositif car "on ne renait pas d'un viol, on continue comme on peut".
- "Exceptionnelle" -
La réparation financière pourra être envisagée si la victime "en fait explicitement la demande au terme de l'ensemble du processus", selon Mgr Percerou. Chaque diocèse abondera un fonds pour financer ces réparations, dont les critères seront fixés par l'instance nationale.
L'Inirr a reçu en quatre ans d'existence 1.789 demandes, et le montant moyen des réparations approchait l'an dernier 37.000 euros.
"Il y a unanimité sur la nécessité de poursuivre" ce travail d'accueil, et ce "de façon permanente", a assuré Mgr Le Stang.
L’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, le 24 mars 2026, dans les Hautes-Pyrénées
LIONEL BONAVENTURE - AFP
Mais quatre ans après le rapport de la Ciase en octobre 2021, qui estimait à 330.000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l’Église, l'institution estime qu'il faut sortir de la réponse de crise.
"Après plusieurs années de crises douloureuses, l'heure est venue de se tourner résolument vers l'avenir et d'adresser aux prêtres de France, durement éprouvés, un message d'encouragement et de confiance", a écrit mardi le pape Léon XIV aux évêques.
L'Inirr a, elle, rappelé lundi que son activité avait augmenté de 35% l'an dernier, chaque révélation de violences poussant des victimes à sortir du silence.
Or les dossiers se sont enchaînés ces derniers mois: abbé Pierre, écoles catholiques telles que Bétharram....
Une autre déflagration a secoué l'Eglise jeudi, avec la condamnation au civil de l'évêque Jean-Michel di Falco, l'une de ses figures les plus médiatiques, à verser près de 200.000 euros à un homme l'accusant de viols et agressions sexuelles dans les années 1970.
Les évêques étaient rassemblés dans la basilique de Lourdes, pour la traditionnelle messe de midi, lorsque est tombée l'annonce de la condamnation de celui qui fut porte-parole de la CEF de 1987 à 1996.
"On prend acte", a laconiquement commenté le président de la CEF Jean-Marc Aveline, pour qui "il faut laisser faire la justice". Il a souligné le caractère "quasiment inédit" de cette condamnation, au civil et donc sans condamnation pénale.
Plusieurs évêques ont été condamnés en France, mais pour non-dénonciation de violences sexuelles: en 2001 l'évêque de Bayeux Pierre Pican (trois mois de prison avec sursis), en 2018 l'évêque d'Orléans André Fort (huit mois avec sursis) et en 2019 l'archevêque de Lyon Philippe Barbarin (six mois de prison avec sursis, relaxé en 2020).
Par Claire GALLEN / Lourdes (AFP) / © 2026 AFP