Patrick Buisson : "on a perdu tout ce qui donnait du sens à la vie"

Patrick Buisson, historien, politologue, conseiller politique et auteur des livres "La cause du peuple" (Éditions Perrin) et "La fin d’un monde" (Éditions Alban Michel), était l’invité d’André Bercoff le 14 mai 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Patrick Buisson, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio. © AFP

"Ces 15 années, que j’appelle Les Quinze Piteuses, par opposition aux Quinze Glorieuses, ont été une grande braderie. Tout ce sur quoi reposait cette civilisation catholique, rurale, patriarcale depuis des millénaires, a été liquidé", a déclaré Patrick Buisson.

 

Patrick Buisson : "on est passés de cette société communautaire à une société individualiste"

"Nous avons certes eu des progrès techniques. En revanche, ce que nous avons perdu ne se mesure pas sur le plan technique. Ce qu’on a perdu relève de l’humanité, de la sociabilité. On est passés d’une société où la communauté était forte, où les liens sociaux étaient forts – ils se nouaient dans des bistrots, ils se nouaient dans des églises… On est passés de cette société communautaire à une société individualiste. Nous avons perdu toutes les valeurs qui avaient trait à cette société communautaire : l’entraide, le dévouement au bien commun, la légèreté, la gaîté, la joie de vivre, la pudeur aussi (la révolution sexuelle est passée par là)… On a perdu tout ce qui donnait du sel et du sens à la vie", s’est lamenté Patrick Buisson.

"Jadis, il y avait trois pourvoyeurs de sens : la religion transcendante : le catholicisme, la religion séculière plus horizontale : le patriotisme, et puis, il avait le communisme qui prétendait faire la révolution à travers l’homme du prolétariat. Toutes ces machines qui donnaient à l’homme des raisons de naître, de mourir, de se retrouver dans des lieux de sociabilité, ont disparu. Et quand les murs porteurs s’effondrent, l’édifice part avec. C’est exactement ce qui s’est passé. Il faut comprendre la mésaventure dans laquelle nous nous sommes embarqués. Nous sommes une société du vide. Plus rien ne fait sens", a déclaré Patrick Buisson.

"Pendant 10 ans, les Français n’ont pas voulu de la contraception"

"Depuis le début de cette épidémie, la consommation de psychotropes a explosé, et le taux de suicides n’a pas reculé. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de systèmes qui fassent sens. Pour reprendre l’expression de Marcel Gauchet, nous vivons à nu. Alors qu’avant nous vivions sous la protection de Dieu. Dieu pouvait s’appeler Christ, il pouvait s’appeler la patrie, il pouvait s’appeler la classe ouvrière… Il y avait un système de protection collective qui fonctionnait, maintenant cela a disparu.

Il n’y a pas de progrès qui ne soient pas des progrès paradoxaux. Chaque progrès entraîne des effets qui, parfois, en annulent les bénéfices. La contraception par exemple. Pendant 10 ans, les Français n’en ont pas voulu. Même les mouvements féministes, qui militaient pour la légalisation de l’avortement, avaient une certaine réticence vis-à-vis de la contraception. L’arrivée de la contraception a coïncidé avec l’arrivée de la pornographie, avec la loi Giscard. L’héroïne de 1975, ce n’est pas Simone Weil avec la loi sur l’IVG mais Emmanuelle."

 

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