Noam Anouar : "On a une culture administrative qui est l'ennemi de la performance"

Noam Anouar, policier, auteur de "La France doit savoir, un flic infiltré chez les islamistes raconte" (éditions Plon) était l’invité d’André Bercoff, lundi 7 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Noam Anouar invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Comment gérer la progression de l'islamisme en France ? Comment détecter et suivre les individus radicalisés ? Quelles sont les failles dans les services de renseignement ? Noam Anouar, ancien policier, a passé une dizaine d'années aux Renseignements généraux en Seine-Saint-Denis. Aujourd'hui, fort de son expérience, le spécialiste de la radicalisation islamique présente son enquête au micro d'André Bercoff.

 

Un département "atypique"

Pendant dix ans, Noam Anouar a vécu "une expérience pratique dans un département atypique", au sein des Renseignements généraux. En poste en Seine-Saint-Denis, c'est dans un département comportant le plus de musulmans en proportion, après Mayotte, que le policier s'affaire. En Seine-Saint-Denis, on compte "250 à 300 lieux de cultes", soit 10% des mosquées installées sur l'ensemble du territoire national. La Seine-Saint-Denis, c'est aussi un département qui a connu deux attentats et qui sert de "replis pour plusieurs cellules terroristes", nous apprend Noam Anouar. Il n'oublie pas sa vocation première, "je suis un gardien de la paix avant tout", une paix "au service de la majorité des citoyens".

Quelques jours seulement après l'attentat commis au sein de la Préfecture de Paris, où un agent radicalisé a réussi à poignardé mortellement quatre personnes, Noam Anouar dénonce "une culture administrative qui est l'ennemi de la performance". "On n'aime pas les vagues", souligne-t-il. Il témoigne que dès lors que l'on signale la possibilité d'un risque, "vous êtes victimes du syndrome du médecin annonciateur". "On s'en prend à vous parce que vous apportez une mauvaise nouvelle", dit-il.

Des signalements qui ne vont pas à leur terme

C'est d'ailleurs la faille révélée dans l'affaire de la Préfecture de Paris. Des signalements ont été envoyés dès 2015, alors que cet agent se réjouissait des attentats perpétrés à Charlie Hebdo. "On a demandé aux personnes l'ayant signalé d'arrêter leurs démarches, aujourd'hui on leur reproche de ne pas être allés au bout", déplore Noam Anouar. Ce cas précis lève le voile sur un tas de dysfonctionnements touchant l'administration française sur la gestion des individus radicalisés et potentiellement dangereux.

Des dysfonctionnements qui sont parfois le résultat de rivalités ridicules. Comme celle opposant la Direction du Renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). "René Bahi était le rival de Bernard Squarcini", rapporte Noam Anouar. Une rivalité qui "n'a eu de cesse de léser l'action sur le terrain et les collaborations". Pour preuve, l'ancien policier rapporte l'enquête de Charlie Hebdo. Les frères Kouachi s'étant expatriés hors de la zone de compétence de la DRPP, la DGSI n'a pas su faire un suivi sur leur retour en région francilienne. "On a eu le même cas de figure à Saint-Étienne du Rouvray ou pour la tentative d'attentat dans le Thalys", appuie Noam Anouar. Désormais, les services de sécurité devront certainement être plus attentifs aux alertes pour ne plus se faire surprendre de l'intérieur.

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