Natacha Polony: "tueur fou ou terroriste? Ces catégories ne s'excluent pas"

Editorial politique

 

Quatre personnes sont mortes hier à la préfecture de police de Paris. Et l’on sent pour l’instant la plus grande confusion sur cet événement.

C’est cela qui est le plus frappant. Bien sûr, tout le monde répète qu’il faut attendre les résultats de l’enquête, qu’il faut être prudent, mais à chaque fois, les interrogations sont les mêmes et les mécanismes qui se mettent en branle sont parfaitement similaires. Premier point, à l’annonce de l’attaque, les rumeurs se diffusent, certains intervenants, sur les réseaux sociaux ou dans le monde politique, exigent qu’on divulgue l’identité du suspect, comme si les autorités étaient soupçonnées de vouloir cacher quelque chose. Puis, très rapidement, l’opinion va se scinder entre ceux qui disent que cet homme est un dérangé, et les autres qui considéreront que c’est une façon de minimiser le risque terroriste.

Mais alors, il faut dire quoi ? Que c’est un fou ou que c’est un terroriste ?

On attend évidemment d’en savoir plus. Mais une chose est certaine : d’après les premiers éléments de l’enquête, l’homme s’était converti à l’islam il y a dix-huit mois. Sans même accorder le moindre crédit aux rumeurs, pour l’instant non étayées, qui disent qu’il refusait de serrer la main des femmes, on peut faire quelques remarques sur cette conversion. Evidemment, certains vont immédiatement hurler qu’on stigmatise l’Islam, mais on est obligé de constater que cette religion attire des gens déséquilibrés, en recherche d’identité, des gens potentiellement fragiles. Et les pratiques rigoristes de l’Islam attirent ceux qui ont besoin de se trouver des cadres. C’est la grande victoire des islamistes : les déséquilibrés basculent en se raccrochant aux images et aux slogans de ces islamistes. Ils ont créé un modèle. Et c’est pour cela que se demander si les tueurs sont des fous ou des terroristes n’a aucun sens. Ces catégories ne s’excluent pas. A ceci près que dans le cas présent, on ne sait pas encore si on est dans ce cas de figure ou dans un règlement de compte professionnel, une problématique personnelle.

Mais on voit bien qu’il est devenu impossible de ne pas penser à un attentat quand un individu en attaque d’autres au couteau.

Parce qu’il y a un mimétisme, tous les psychiatres le disent. Et parce que ce mode opératoire est le plus simple et le plus imparable qui soit. En revanche, on observe une incapacité totale de la société à trouver la bonne réaction. On est démuni et on ergote sur des détails mais in fine, on évacue les faits le plus rapidement possible pour conjurer l’angoisse. Hélas, à aucun moment notre société ne combat la force identificatoire de l’islamisme, pas plus qu’elle ne s’interroge sur sa capacité à offrir des modèles structurants, solides, pour des individus fragiles. On verra ce qu’il en est de celui-ci, mais quel que soit son profil, on peut se dire que conclure à chaque fois à la fatalité est la pire des réponses.