Depuis les élections municipales de 2020, le paysage du vélo s'est complètement transformé en France, avec une flopée de nouvelles pistes cyclables et places de stationnement, mais les élus partisans du vélo s'inquiètent d'un retour en arrière à la faveur des restrictions budgétaires.
Fin 2025, la France comptait 63.390 kilomètres de pistes cyclables et de voies vertes, près d'un quart de plus qu'en 2020, selon le bilan présenté mardi à l'Assemblée nationale par les élus du réseau Vélo et marche.
Et sur le plan de la pratique, "on relève un accroissement de 40% par rapport à 2019" salue Chrystelle Beurrier, maire d'Excenevex en Haute-Savoie, près du lac Léman, et co-présidente de l'association Vélo et marche.
Autre chiffre: 48.904 places de stationnement ont été créés pour les vélos près des gares depuis 2019.
"On est à un peu plus de 50% de l'objectif" qui est de 80.000 places d'ici 2027, ajoute Mme Beurrier, dont l'association transpartisane regroupe des élus, maires, députés ou sénateurs, engagés pour le vélo et la marche.
"On a vu exploser le vélo pendant ce mandat" grâce au plan pluri-annuel vélo, ajoute Françoise Rossignol, maire de Dainville (Pas-de-Calais) et vice-présidente en charge des transports de la communauté urbaine d'Arras.
Néanmoins, elle, comme d'autres élus s'inquiètent pour l'avenir, en raison des coups de rabot qui menacent les budgets dévolus au vélo.
Au cours des derniers arbitrages budgétaires, les 50 millions d'euros affectés au "fonds vélo" ont disparu, s'est inquiété le député Renaissance Guillaume Gouffier-Valente, au cours du colloque.
- "Moment pas simple" -
"On vit un moment pas simple pour le vélo. Visiblement le gouvernement pense qu'il ne nécessite pas une politique publique du niveau de l’État et qu'il relève des collectivités territoriales", suggère-t-il, dépité.
"C'est un enterrement de première classe de la politique nationale pour le vélo", juge Françoise Rossignol, maire de Dainville (Pas(de-Calais) et vice présidente en charge mobilité de la communauté urbaine d'Arras.
Pour le sénateur écologiste du Bas-Rhin Jacques Fernique, qui se dit "interloqué", mais "pas résigné", cette coupe traduit "une rupture qui menace la dynamique engagée par les territoires en transition cyclable".
Au ministère des transports, on cherche à rassurer en expliquant que même s'il n'y a plus de fléchage direct du budget vers les projets vélo, l'accroissement du fonds vert à 850 millions d'euros (contre 650 millions initialement prévu) permettra de continuer d'accompagner une politique ad hoc.
"Les projets locaux favorables au vélo pourront être accompagnés selon une quote-part qui reste à déterminer" indique-t-on au ministère mardi soir.
"On est dans un pays culturellement centralisé, s'il n'y a plus de discours national sur le vélo, il risque d'être abandonné" s'inquiète Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et vice-président de l'Association des Maires de France.
Le coup de frein risque surtout d'affecter des projets très longs à mettre en œuvre, comme par exemple recoller le maillage mité des véloroutes en France, ces itinéraires touristiques qui permettent de suivre à bicyclette le long de la Loire ou de longer l'Atlantique.
À Excenevex en Haute-Savoie, le long du lac Léman, la maire Chrystelle Beurrier confie qu'il a fallu "dix ans" pour lancer les travaux d'une piste cyclable de trois kilomètres pour relier sa ville au bourg voisin. "Il faut convaincre les propriétaires des terrains pour faire des acquisitions, parfois procéder à des expropriations, gérer les enfouissements de réseaux d'eau, de gaz, d'électricité".
Tout au long de la mandature, les véloroutes ont augmenté de 16%, à 21.830 km au total en 2025, contre 18.848 en 2020, selon Vélo et marche. Objectif est de parvenir à 25.900 km de véloroutes en 2030.
Par Isabel MALSANG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP