Michel Onfray : "Il y a eu des méthodes pour détruire les Gilets jaunes"

Le philosophe et essayiste Michel Onfray, auteur de "Grandeur du petit peuple" (éditions Albin Michel) était l’invité d’André Bercoff, mercredi 15 janvier sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Michel Onfray invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Chaque samedi ils sont toujours des milliers à descendre dans la rue des plus grandes villes, à investir encore quelques derniers rond-points dans les zones les plus rurales ou à se mobiliser sur internet pour dénoncer les violences policières. Mais ces derniers ont perdu en écho et en popularité auprès du reste de la population, dont les trois-quarts leur manifestaient leur soutien au début du mouvement. Une stratégie du gouvernement ? Il n'y a aucun doute pour le philosophe Michel Onfray.

 

Du mépris à la récupération

Dès le début du mouvement, "il y a eu des méthodes pour détruire les gilets jaunes", assure Michel Onfray. Une méthode plus ou moins planifiée mais qui s'est surtout opérée par étape. "D'abord, c'était le grand silence de Macron pendant que les gilets jaunes étaient sur les rond-points. Il faisait savoir que ça ne l'intéressait pas, qu'il était à la montagne, en week-end aux sports d'hiver", rappelle le philosophe. Une fois "le mépris" passé, c'est "la riposte qu'il a fallu organiser". "Tous les médias ou presque y sont allés pour expliquer que les gilets jaunes étaient des antisémites, des racistes, des sexistes....", dénonce Michel Onfray qui rappelle que Bernard-Henri Lévy avait déclaré que "l'antisémitisme était au cœur des Gilets jaunes".

Quatre à cinq semaines après le début du mouvement, Michel Onfray a remarqué une troisième étape : "la récupération". "La France insoumise, le Rassemblement national, la CGT, Sud.. sont tous arrivés après d'ailleurs les avoir traités de facho", se souvient-il. "Ils se sont dit 'convergence des luttes, récupérons tout ça'", note l'essayiste qui voit par la suite "une espèce d'assassinat par la force d'État". "Les policiers ont cogné, on a envoyé les blindés, il y a eu une justice extrêmement punitive, les LBD", rapporte Michel Onfray qui dénonce une "instrumentalisation des Black blocs".

Des "sous-prolétaires épuisés"

"On a laissé faire les Black blocs parce qu'il fallait absolument associer le saccage de l'Arc de Triomphe avec les Gilets jaunes", déplore-t-il. "De fait, il y a des GJ qui ont défendu et protéger la flamme du soldat inconnu tandis que d'autres rentraient dans l'Arc de Triomphe", se souvient le philosophe. Des images, un temps, montraient ces scènes, "mais elles ont aujourd'hui disparu d'internet", se scandalise-t-il. "Pourtant, il y avait une bande son qu'on aurait pu commenter pour dire notamment qu'il y avait le renfort de quelques-uns qui venaient de banlieue", décrypte Michel Onfray.

Aujourd'hui, "les Gilets jaunes sont épuisés", remarque-t-il. "J'en connais quelques-uns qui se sont retrouvés au tribunal, ont pris des amendes pour avoir porté le gilet jaune ou franchi un espace qu'on avait défini comme interdit", rapporte le philosophe. "Ce ne sont pas forcément des smicards. Il y a les prolétaires qui se battent contre la réforme des retraites à juste raison, mais les gilets jaunes sont des sous-prolétaires qui ne peuvent assumer les amendes", déplore Michel Onfray.

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