Michel Maffesoli : "On est en train de quitter l’ère du post moderne et on ne sait pas trop où l’on va"

Michel Maffesoli, sociologue, professeur émérite de l'université Paris-Descartes et membre de l’Institut universitaire de France, auteur du livre "Être postmoderne" (aux éditions du Cerf) était l’invité d’André Bercoff, lundi 9 décembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Michel Maffesoli invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Ils ont peur du mot peuple"

Faillite des élites, soulèvements, changement d'époque et de schéma, pour Michel Maffesoli, nos pays connaissent un bouleversement fondamental. En prenant l'exemple de la mise en examen de François Bayrou, après avoir longtemps milité pour la transparence de la classe politique, le professeur émérite de l'université Paris-Descartes voit en lui "un prototype même de la théâtrocratie qui domine dans nos pays". Une expression déjà abordée par Platon dans la Grèce antique. "Quand la démocratie cesse, c'est la théâtrocratie qui va gouverner", disait le philosophe. "Après la société du spectacle, c'est le spectacle intégré", théorisait Guy Debord.

 

Michel Maffesoli remarque "une méfiance fondamentale envers les élites". "Pour moi, la faillite vient du fait que tout ce qui est le fondement de toute vie sociale, la puissance populaire est déniée, moquée, il y a une déconnexion, un désamour et un désaccord qui va se développer à mon avis encore", précise le sociologue. "Ils ont peur du mot 'peuple', en parlant de populisme". Dans une société, "il y a la puissance du bas et le pouvoir d'en haut", analyse-t-il. "Quand les deux s'entendent, il y a un accord, une représentation politique. Il y a d'autres moments où le pouvoir s'est détaché de la puissance, l’institué ne se reconnaît plus dans l’instituant et ça peut continuer encore longtemps", explique-t-il.

 

"On est dans ce moment où on quitte quelque chose"

Dans cette période post-moderne, "les individus virevoltent d'une tribu à une autre, à la différence de la tribu classique". "Ce n'est plus un individu qui est stable, mais une personne qui est plurielle, un nomade", affirme Michel Maffesoli. "Mon hypothèse est qu'il va y avoir une cohésion à partir de la diversité, comme une voûte d'une cathédrale gothique, une harmonie conflictuelle", présente l'auteur.

"On est en train de quitter l’ère du post moderne et on ne sait pas trop où l’on va", précise Michel Maffesoli qui estime que l'on est "dans une période de décadence". "On est dans ce moment où on quitte quelque chose, et les élites restent sur le schéma moderne : l'individualisme, le rationalisme, le progressisme", estime-t-il. D'après le sociologue, "les soulèvements vont se développer, ça arrive régulièrement quand quelque chose cesse et que les élites restent sur les schémas dépassés". "Je pense que le sang va couler : la violence est fondatrice", prévient Michel Maffesoli.

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