Me Hervé Lehman : "Il faut faire attention lorsqu'on engage un procès en diffamation"

Hervé Lehman, ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris, auteur de "L'air de la calomnie" (Éditions du Cerf), était l’invité d’André Bercoff, vendredi 2 octobre, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Me Hervé Lehman invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Dans son livre, maître Hervé Lehman raconte les dix procès qui ont plongé des hommes dans la calomnie, la diffamation. Des hommes parfois jetés en pâture au gré de l'Histoire, d'Émile Zola à Robert Faurisson, d'Oscar Wilde à Denis Baupin.

 

De l'affaire Dreyfus à Balance ton porc

L'avocat relate les dix grands procès qui jalonnent le XXe siècle "où à chaque fois, un homme se retrouve balloté par l'Histoire". Une façon de revisiter l'histoire récente du siècle dernier, de l'affaire Dreyfus à Balance ton porc, en passant par la Première guerre mondiale, la Seconde guerre mondiale, la Shoah, la torture en Algérie et la guerre d'Algérie. "Ce sont des histoires où il y a un homme, où son honneur est mis en cause dans un contexte historique très fort", explique Thierry Lehman.

Parmi les exemples les plus marquants, celui d'Oscar Wilde. "C'est l'histoire de l'arroseur arrosé", relate l'auteur qui raconte son histoire. "Il est accusé d'être homosexuel, il fait un procès pour démentir". Alors que ses avocats lui demandent de jurer, le procès tourne à la catastrophe pour l'écrivain. "Au fur et à mesure, il va presque avouer spontanément qu'il aime les jeunes garçons". Le romancier perd non seulement son procès pour diffamation mais est aussitôt poursuivi pour homosexualité et condamné à deux ans de prison ferme. "Ca va finir par sa décrépitude et sa mort", explique-t-il.

Un principe simple mais nuancé

Même histoire récemment avec Denis Baupin, le vice-président de l'Assemblée national accusé dans son parti, Europe Écologie, d'être l'auteur de harcèlement sexuel. "Il engage un procès en diffamation contre les femmes qui l'accusent mais le procès tourne à la déconfiture puisque finalement, c'est lui qui est condamné alors qu'il était le plaignant", raconte l'ancien juge d'instruction qui recommande de "faire très attention lorsqu'on engage un procès en diffamation". Il confie qu'en tant qu'avocat, l'histoire d'Oscar Wilde "revient dans les mémoires" dans ce genre d'affaire.

La frontière de la diffamation est à la fois claire et nuancée. "C'est quand vous imputez à quelqu'un un comportement contraire à l'honneur ou à la réputation", définit l'avocat. "Si je dis que Paul a volé une pomme et que vous ne pouvez pas le prouver, c'est de la diffamation", explique-t-il. "Vous n'avez pas le droit de le dire si vous ne pouvez pas le prouver", insiste-t-il. Et la preuve doit être complète. "Il ne suffit pas de dire 'j'ai entendu dire', il faut des témoins", précise Me Hervé Lehman qui note une nuance pour les journalistes. "Les journalistes peuvent faire preuve de bonne foi en admettant ne pas avoir la preuve complète mais en prouvant avoir fait un travail de bonne foi, en donnant la parole à l'accusé", conclut-il.

 

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